SMITH, 30 ans, qui œuvrait jusqu’à peu sous le nom de Dorothée Smith, s’est fait connaître avec de doux portraits de ses proches trans. Depuis, son saisissant travail ne se déploie plus seulement en photographie : comme ses sujets, il s’hybride. En 2014, son projet photo et vidéo Spectrographies s’adjoint d’un moyen métrage hanté convoquant des fantômes (Jacques Derrida, Pascale Ogier…). Avec sa nouvelle œuvre de fiction, TRAUM, montrée dans l’expo collective « Entropia » au Transpalette, à Bourges, SMITH multiplie les médiums (textes, photos, films…) pour explorer le terrain de la transfiguration en télescopant sciences et mythologie de façon vertigineuse. Soit l’histoire de Yevguéni, un opérateur de lancement de fusées qui se transforme en femme après avoir tué accidentellement un cosmonaute nommé Vlad – qui lui se réincarne en drone.


Photographie, série TRAUM, 2015

Photographie, série TRAUM, 2015

« C’est le siège du Parti communiste français, à Paris, que j’ai filmé dans Spectrographies et dans TRAUM. Avec mon coauteur Lucien Raphmaj, on a d’abord imaginé TRAUM comme un court métrage, mais, avant de pouvoir tourner, on a essayé de raconter au plus juste l’histoire des deux personnages avec les mediums qui s’y prêtaient. Les artistes qui travaillent sur la transdisciplinarité, comme Apichatpong Weerasethakul, me nourrissent beaucoup. Mais j’admire aussi les gens qui sont capables de tout faire tenir dans un film. En 2012, j’ai coécrit un scénario avec Marie NDiaye, mais le film a été retardé. J’aimerais vraiment qu’un jour on s’y mette. »

Photographie, série TRAUM, 2015

Photographie, série TRAUM, 2015

« Pour TRAUM, j’aimais bien l’idée de placer l’histoire dans un cadre qui ne soit pas contemporain pour que ce ne soit pas une science-fiction liée à des outils d’aujourd’hui. Dans le film, tout ce qui est mécanique ou technologique est volontairement abstrait. Soit on ne le voit pas du tout, soit ce sont des machines extrêmement simplifiées, qui nous sortent de toute référence historique, comme les costumes, qui ne sont pas réalistes. Je voulais placer les personnages dans une sorte de hors temps. »

Photographie, série TRAUM, 2015

Photographie, série TRAUM, 2015

« Il y a quelques thermogrammes dans le film, quand Yevguéni cauchemarde. L’idée est venue d’un précédent projet. Je me suis fait implanter une puce dans le bras, qui était raccordée à une installation dans une exposition. Les gens qui entraient dans la pièce étaient détectés automatiquement par un dispositif caméra thermique/Kinect/vidéoprojecteur relié à ma puce. Je ressentais leur chaleur grâce à un vêtement connecté à ce dispositif. Dans TRAUM, c’est comme si ça faisait partie du journal intime de la psyché de Yevguéni, qu’il pouvait revoir Vlad, et aussi se voir lui-même à travers le point de vue du fantôme de Vlad. »

Photographie, série TRAUM, 2015

Photographie, série TRAUM, 2015

« Sur cette photo, Yenia, la nouvelle figure de Yevguéni, est en train de se décoller de lui. Dès mes débuts, j’ai utilisé ce type de lumières très pâles. Le corps a l’air de se fondre dans le décor. Quand j’ai commencé la photo, plusieurs références littéraires me hantaient, notamment Paul Verlaine et Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau – c’est kitsch, mais j’avais 17 ans. J’aimais leur travail sur l’indétermination, quelque chose d’imprécis dans l’identité, qui est vaporeux, intouchable, comme une fumée. Et puis, les descriptions de Rousseau donnent l’impression que le paysage est une partie de lui-même. Pour retranscrire tout ça, j’ai choisi d’être toujours à la limite de la désaturation, entre le jour et la nuit. »

Photographie, série TRAUM, 2015

Photographie, série TRAUM, 2015

 

Finissage le 8 janvier à 16h, avec la projection de « TRAUM » et une rencontre autour de la catastrophe spatiale ayant donné naissance au projet.


« TRAUM », dans l’exposition collective « Entropia »,
du 8 octobre au 8 janvier
au Transpalette – Centre d’art
contemporain (Bourges)