De retour sur les ondes de France Culture avec 'Par Les Temps qui courent' (qui remplace 'Les Nouvelles Vagues' depuis la rentrée), la passionnante et réfléchie Marie Richeux a également sorti fin août son troisième livre, Climats de France, exploration riche et poétique des rapports franco-algériens prenant pour point de départ son enfance dans une cité de Meudon-la-forêt. On a voulu savoir quels films abreuvent cette grande assoiffée de culture.


Vos trois films préférés de tous les temps ?
King of the Wind and Electric Queens (2014) de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz, une expérience dite « documentaire » sur une foire en Inde qui jamais ne dévoile clairement son enjeu et se place de manière si puissante dans l’électricité de ce moment. Le Moindre geste (1997) de Fernand Deligny, Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel. Son film montre, comme ses livres, combien interroger le regard que l’on pose sur les autres, et faire de cette interrogation la matière même d’un lien (donc d’un cinéma) est fertile. Les Merveilles (2014) d’Alice Rohrwacher. C’est si beau. Entre autres, il y a cette scène où les deux sœurs regardent avec concentration la manière dont le soleil se pose sur le sol et les murs. C’est très émouvant.

Trois films que vous regardiez en boucle à l’adolescence ?
Ce n’est pas une manière d’esquiver mais je n’ai tout simplement jamais fait ça. Ni ado ni maintenant.

Pouvez-vous vous décrire en trois personnages de cinéma ?
Un mélange du petit lapin dans Zootopie (2016), de Julia Roberts dans Erin Brockovich (2000) et Robert Redford dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998) = Aspirer à la liberté et à la joie + Tenir ferme à la justice + Parler aux animaux d’égal à égal.

Trois scènes de film que vous aimeriez vivre ?
Je ne serais pas contre essayer de vivre dans trois scènes au hasard chez Quentin Dupieux. Pour voir.

Le film que vous avez arrêté au bout de trois minutes ?
J’arrête n’importe quel film beaucoup trop violent pour moi au bout de quarante secondes s’il le faut.

Vos trois répliques de cinéma préférées ?
Sara Forestier dans L’Esquive (2003). Elle agite un éventail en répétant Marivaux devant son jeune partenaire Krimo qui tombe amoureux. Elle est si juste. Elle est si belle. Elle a la cruauté des jeunes filles puissantes. Le guide romain dans La Grande Bellezza (2013). « Pourquoi tu as toutes les clefs des palais de Rome ? Parce que je suis quelqu’un de fiable. » C’est plaisant de croire que l’on confie parfois les palais aux fiables… Benoît Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous (1992). Le serveur se penche pour prendre sa commande, le visage rempli d’acné. « Tu vas me soigner cette vilaine peau et ensuite tu te permets. » C’est très méchant mais c’est très drôle et ça dit quelque chose du réel impossible à croire.

Trois cinéastes, mort.e.s ou vivant.e.s, avec qui vous aimeriez dîner ?
Béla Tarr. Quelqu’un qui a fait Le Cheval de Turin (2011) doit avoir deux trois choses à dire sur l’existence. Tizza Covi. Son film La Pivellina (2009)  m’avait énormément touchée. Je suis curieuse de cette femme. Chris Marker. Je me dis que ce devait être quelqu’un de doux. Mais je me trompe peut-être.


: Climats de France (SW éditeur)