« L’Art de la joie » : une adaptation folle et généreuse

Valeria Golino coadapte une partie du flamboyant roman posthume de Goliarda Sapienza. Avec une générosité folle, tant dans le jeu de ses comédiens que dans sa mise en scène, sa série célèbre la liberté débridée d’une héroïne singulière.


L'art de la joie
L'art de la joie © Paolo Cirielo/Sky Italia

Valeria Golino et Goliarda Sapienza, c’est désormais une grande histoire d’amour et d’art audiovisuel. Après avoir incarné avec brio l’écrivaine italienne dans Fuori de Mario Martone, sorti début décembre au cinéma, l’actrice et réalisatrice s’empare de son œuvre majeure, L’Art de la joie, pour la transposer en série. Six épisodes qui suivent la première partie du roman-fleuve, contant l’histoire de Modesta, jeune fille née en 1900 en Sicile dans la plus grande pauvreté, et qui peu à peu s’élève à la force de son intelligence et son désir avide.

Le désir qui brûle l’intériorité de cette jeune fille mal aimable, façonnée par la violence dont toujours elle se relève – et dont le prénom lui va si mal –, voilà ce qui présidait au roman et que la série retranscrit bien. Il est aussi charnel qu’intellectuel : la jeune Modesta intime à un paysan de faire taire le feu de son corps et court toute nue dans le couvent qui la recueille après l’incendie de sa maison, mais s’acharne aussi à lire et rêve de parcourir le monde. C’est moins l’ambition qui la porte que la détermination sans faille à être aussi heureuse et épanouie qu’on peut l’être, et il y a dans cette liberté dévorante quelque chose de déroutant encore aujourd’hui – le roman date pourtant des années 1970 – que Valeria Golino a parfaitement saisi.

La réalisatrice écarte d’emblée l’une des grandes modes du moment : donner aux récits historiques un aspect pop. Sa mise en scène sera baroque ou ne sera pas, sculptée de clairs-obscurs, d’un classique qui n’a jamais rien de paresseux. Cette générosité se retrouve aussi chez ses comédiennes, superbes. Valeria Bruni-Tedeschi se révèle parfaite en aristocrate détestable, et Tecla Insolia, dont l’énergie et le panache traversent la série, en est la plus belle révélation.

sur T18, à partir du 15 décembre