
« On se connaît, non ? – T’as pas trouvé mieux ? » La première fois que Noé aborde Aurore, ils sont accoudés à un comptoir, dernière chose à laquelle s’accrocher avant la chute. Il a commandé une bière, elle un whisky. Il vient de tomber amoureux d’une inconnue, elle de se faire larguer. La phrase d’accroche de Noé est effectivement assez minable, Aurore ne lui en voudra pas longtemps. Pas tant parce qu’il l’intéresse, mais plus parce que ce jeune apprenti journaliste, englué dans un rôle d’aidant auprès d’un père alcoolique, lui permet de penser à autre chose. Et qu’il accepte de la conduire à la campagne, le temps d’un week-end, sa voiture étant tombée en panne…
Déjà, dans cette histoire classique de rencontre, Un jour on fera l’amour s’affirme comme une série différente, portée par des dialogues irrésistibles et l’obstination de son créateur, Jérôme Bonnell, à couper court aux attentes. Sa fille et son garçon, remarquablement bien interprétés par Natacha Krief et Édouard Sulpice, ne sont certainement pas des caricatures, encore moins des contraires qui s’attirent, simplement des personnages d’une justesse redoutable. Et puis, lorsque l’intrigue les amène dans la famille bourgeoise d’Aurore, entre une belle-mère faussement cool et un père adepte de la provocation (formidable Laurent Stocker, la bedaine en avant, association paradoxale, donc fascinante, d’un sourire insupportable et de grands yeux de daron remplis d’amour), ils prennent encore une autre envergure.
Jérôme Bonnell déplie peu à peu toutes les couches de leur histoire, toutes les oscillations de leur caractère, multiplie les gestes de comédie autant qu’il prépare les éléments du drame. Un jour on fera l’amour est une série qui n’explose jamais, mais qui creuse chaque détail, qui explore chaque recoin. Jusqu’à laisser Noé, Aurore, et le père de cette dernière complètement nus, vulnérables, mais plus vivants que jamais, sous nos yeux embués.
Diffusion sur Arte, le 29 octobre ; disponible sur arte.tv, dès le 22 octobre
