
Après le remarqué Freda, qui dépeignait le quotidien d’une famille habitant un quartier populaire de Port-au-Prince, Gessica Généus poursuit sa peinture flamboyante d’Haïti en déplaçant ici son regard vers Jacmel, ville maritime du sud-est du pays fortement marquée par la présence de la religion.
Vivant du travail du sexe dans une maison close située en face d’un temple protestant, Marie Madeleine (jouée par la cinéaste elle-même) se prend d’affection pour Joseph (Béonard Monteau), un jeune évangéliste idéaliste mais écrasé par la figure de son père (Édouard Baptiste), pasteur colérique qui exprime publiquement sa haine contre les prostituées locales.
À travers les relations mouvementées animant ce trio de personnages, Gessica Généus exhibe toutes les forces contraires qui agitent la société haïtienne, entre foi persistante, misère sociale, désirs amoureux, culture vaudoue, peurs morales ou difficulté à se créer un espace d’intimité. Au moyen d’un étalonnage aux couleurs éclatantes et d’une théâtralité enivrante, la mise en scène illustre à merveille la fièvre qui s’empare des esprits. Et permet d’entrevoir la beauté fragile d’un sentiment d’émancipation qui peut résister furtivement à la brutalité.
Marie Madeleine de Gessica Généus, Pyramide (1 h 44), sortie le 21 octobre
