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Ruth Zylberman, autrice de « 209 rue Saint-Maur »: «Je crois beaucoup aux couloirs du temps»

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Elle présentera son ouvrage « 209, rue Saint-Maur, Paris Xe : autobiographie d’un immeuble», le 26 mars, 20h00 au mk2 Quai de Loire. Un événement dont TROISCOULEURS est partenaire.

Que se joue-t-il derrière la façade discrète du 209 rue Saint-Maur ? Fascinée par ce qui se cache sous les pierres, l’autrice et réalisatrice Ruth Zylberman explore cet espace à la fois collectif et intime dans un livre, 209, rue Saint-Maur, Paris Xe : autobiographie d’un immeuble (Editions du Seuil).

Depuis la construction d’un immeuble ouvrier dans les années 1840 aux attentats du 13 novembre 2015, Ruth Zylberman retrace la vie d’un immeuble et de ses habitants et interroge cet espace si paisible aujourd’hui, toujours hanté par la tragédie de l’Occupation. Au terme d’un travail d’enquête captivant, elle révèle des histoires intimes bouleversées par l’histoire contemporaine.

Pourquoi vous intéresser à un immeuble parisien ? Quel a été le déclic ?

Je suis une Parisienne de naissance, depuis toujours, quand je me balade dans les rues de Paris, je suis attirée par les façades et je me demande ce qu’il y a derrière les fenêtres.

Cela faisait très longtemps, pratiquement depuis mon premier film, que je voulais faire un film sur un immeuble. Donc il n’y a même pas eu de déclic, j’ai l’impression que je porte ça en moi depuis de très longues années de promeneuse parisienne.

Pourquoi le 209 rue Saint-Maur ?

Avant le livre, il y avait un projet de film sur l’histoire de l’Occupation pour lequel je cherchais délibérément un immeuble dans les quartiers du Nord-Est parisien. C’étaient des quartiers d’immigration depuis toujours : l’exode, rural d’abord, ensuite les Italiens, les Juifs d’Europe centrale puis d’autres vagues d’immigration. Je cherchais donc un immeuble populaire, et en me promenant, je suis arrivée un jour dans cette rue que je ne connais pas particulièrement, la rue Saint-Maur. Je suis passée devant cet immeuble qui m’a attirée, même si c’est très bizarre de parler comme ça.

Comme je faisais un film à l’époque, j’avais besoin d’avoir des perspectives, et évidemment plus l’immeuble était grand plus il y aurait d’histoires à raconter. C’était, disons, un hasard construit.

Mais je pense que ça aurait pu être le 207 ou le 213 de n’importe quelle rue. N’importe quel immeuble parisien pourrait produire ce genre d’enquête.

L’écriture reste une enquête sur l’Occupation, qui ressemble à une enquête de détective, avec ses étapes, ses découvertes et ses impasses ; mais je ne voulais pas m’en tenir à ça, parce que je crois beaucoup aux couloirs du temps et à la manière dont les temporalités s’interpénètrent. Pouvoir passer du temps du XIXe siècle au temps du XXIe siècle en passant par l’Occupation, la Commune, la guerre de 1914-1918, etc. C’était pour moi une manière d’explorer littérairement ce qu’un lieu provoque en nous.

Dans votre approche, vous expliquez que vous voulez «épuiser le lieu».

Évidemment, quand on parle d’épuisement d’un lieu parisien, on pense à celui dont l’ombre tutélaire flotte au-dessus de ce travail : Georges Perec. C’est un écrivain pour qui le regard sur le lieu et le fantasme de l’exhaustivité sont cruciaux.

Dans la lignée de Georges Perec, j’essaye de prolonger un regard littéraire mais aussi un regard d’apprentie historienne et d’apprentie sociologue, tout en convoquant mes lectures et ma propre sensibilité. Et malgré tout cela, le fantasme d’exhaustivité et de toute-puissance est tempéré par le savoir que rien ne sera jamais épuisé.

C’est ça qui est beau : on ne reste pas sur un échec, mais sur une forme d’ouverture.

Jamais je n’arriverai à connaître toutes les personnes qui se sont succédées au 209 rue Saint-Maur, mais ce n’est pas grave et cela fait marcher d’autres imaginations ; la mienne, celle des lecteurs et celle des passants.

Cet immeuble ressemble à n’importe quel immeuble, et pourtant maintenant c’est un lieu où s’incarnent des silhouettes, des noms, des métiers, des souffrances, des amours… Le 209 est désormais un personnage pour moi, un ami.

Le 26 mars à 20h00 au mk2 Quai de Loire, Ruth Zylberman présentera son ouvrage et échangera avec Judith Lyon-Caen (directrice d’études à l’EHESS). Lectures d’extraits du livre par la comédienne et réalisatrice Valeria Bruni Tedeschi. Signature du livre à l’issue de la séance.

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Photo d’illustration: (c) Benedicte Roscot

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