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Le chanteur Christophe, inoubliable interprète des Mots bleus ou de La Dolce Vita, est décédé ce 16 avril. Cinéphile délicat, le dandy avait récemment composé la bande originale mystique et lancinante de Jeanne (2019) de Bruno Dumont, dans lequel il tenait un petit rôle. En 2013 pour TROISCOULEURS, il se souvenait du temps où, dans son appartement, un beau bazar, il programmait lui-même des films.

Christophe n’est pas très disert lorsqu’il parle du cinéma qui lui plaît : « Il n’y a pas d’explications, chéri, j’aime, ou j’aime pas », nous prévient-il. Marlène Dietrich ? « Elle déchire. » Billy Wilder ? « C’est pas de la merde. » David Lynch ? « Putain, c’est trop bien. » Il nous montre la jaquette DVD du premier film où apparaît Brigitte Bardot, Le Trou normand de Jean Boyer et précise fièrement : « Y’a pas beaucoup de gens qui le connaissent, celui-là. » Le chanteur est un cinéphile comme on n’en fait plus. Dans son home-studio du boulevard Montparnasse, où on le rencontre la nuit, il y a des affiches de cinéma partout sur les murs, des pellicules éparpillées près des synthés, des piles de DVDs en vrac sur le piano : « C’est comme l’appartement de Thomas, le personnage de Blow Up de Michelangelo Antonioni. C’est mon endroit, quoi. Le sien est peut-être un peu plus ordonné. Pendant un moment, je voulais mettre un rideau, ici, pour faire un labo photo. Mais, bon, fallait virer le piano. Tu sais que ma fille est photographe ? »

En 1972, il va jusqu’à déménager pour sa passion. Dans un appartement du XVIe arrondissement assez spacieux pour accueillir une salle de projection. Christophe s’installe et se tape alors des toiles avec Patrick Dewaere ou Michel Berger : « J’avais cinq cents films en 35 mm, ça fait une piaule remplie, et j’avais beaucoup de V.O., ce qui était rare. Mais je ne faisais pas payer. La flicaille s’imaginait que je m’adonnais au trafic de copies, alors ils ont fini par tout me confisquer. » À l’époque, le « Beau Bizarre » est tellement implanté dans le milieu que Fellini fait appel à lui pour récupérer une copie de La Strada : « Henri Langlois, le directeur de la Cinémathèque, lui avait dit qu’il n’y avait qu’une seule version française, et qu’elle était en ma possession. Fellini m’a alors écrit pour emprunter le film. Il voulait me rencontrer, mais j’avais autre chose à faire. » Aujourd’hui, Christophe n’a plus sa salle privée. Il garde cependant un grand écran dans sa chambre. Et de confier : « Au cinéma, j’aime bien être loin. » Loin de l’écran ou loin dans le film.

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