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[FLASH-BACK] « La Haine » de Mathieu Kassovitz fête ses 25 ans

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Le film de Mathieu Kassovitz, qui ressort au cinéma le 5 août à l’occasion de ses 25 ans, a gardé toute sa force quant à la description des bavures policières. S’il reconnaît que l’époque a changé, le producteur Christophe Rossignon revient sur les conditions de fabrication qui ont fait de La Haine un classique du film de banlieue.

« La Haine vieillit bien. Ce n’est pas forcément un constat qu’on pouvait faire 5 ou 10 ans après sa sortie, mais on voit aujourd’hui que le film a passé les générations », avance Christophe Rossignon, producteur du deuxième long métrage de Mathieu Kassovitz, sorti en France le 31 mai 1995. « C’est un film spontané. On avait d’abord prévu avec Mathieu de faire Assassin(s) mais en avril 1993 éclate l’affaire Makomé M’Bowolé, ce jeune de 17 ans qui se prend une balle d’un policier dans un commissariat du 18ème arrondissement de Paris et qui meurt sur le coup. Le policier voulait juste lui faire peur, sauf qu’il a sorti son arme de service, qu’il y avait une balle engagée dans le canon et qu’il n’y avait pas le cran de sécurité. C’est formellement interdit, on ne peut pas porter une arme de service sans le cran de sécurité, on n’est pas chez les cowboys », raconte le producteur.

ÉMEUTES À PARIS 

Des émeutes éclatent alors dans le 18ème arrondissement et vont durer plusieurs jours. « Mathieu s’était rendu avec des potes à une manifestation de soutien à Makomé et il a vu toute la tension qui régnait entre les jeunes et les forces de l’ordre. Le jour même il m’appelle et me dit qu’on doit reporter Assassin(s) car il veut faire un film sur ce qu’il vient de voir : les bavures policières, les jeunes de banlieue… Je lui donne mon accord et Mathieu écrit ensuite rapidement le scénario. » 

Le récit de La Haine se déroule le lendemain d’une nuit d’émeutes ayant opposé, dans la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes, des jeunes à la police. On y suit un trio d’amis, Vinz, Saïd et Hubert, sur le point de vivre une journée très mouvementée : Vinz a en effet trouvé un revolver appartenant à un policier et affirme vouloir venger Abdel, le jeune habitant de la cité plongé dans le coma suite à son passage à tabac par un inspecteur de police lors d’un interrogatoire.

Christophe Rossignon se remémore les obstacles rencontrés lors de la préparation. « Il fallait trouver une cité de banlieue parisienne où tourner et on a rapidement dû faire marche arrière car on essuyait beaucoup de refus. On a donc changé le titre du film, rebaptisé Droit de cité, et on a présenté un faux scénario édulcoré pour avoir l’accord du maire de Chanteloup-les-Vignes. » 

Si la municipalité est inquiète à l’idée de la mauvaise publicité qui pourrait lui être faite, au point de demander qu’il ne soit pas spécifié que le film a été tourné à Chanteloup-les-Vignes, elle finit par accepter. 

Tourné à l’automne 1994, La Haine reçoit le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1995 et séduit le public français. Le film réalisera ainsi plus de 2 millions d’entrées dans l’Hexagone avant de triompher aux César. 

« ENGRENAGE GLOBAL »

Comment son traitement des violences policières peut-il faire écho aux affaires qui ont récemment éclaté en France ? « En 2020 il y a les réseaux sociaux, les bavures sont filmées et se retrouvent sur Facebook et autres. Tout se sait plus vite et les policiers font donc plus attention, ils font moins les cowboys. La Haine de 2020 c’est Les Misérables de Ladj Ly. Lui filme vraiment la banlieue telle qu’elle est aujourd’hui. Alors c’est toujours une histoire de bavures policières, sauf que cette bavure est filmée par un drone et que les policiers n’auront de cesse de retrouver cet élément qui peut les compromettre et les détruire. Pour pouvoir sauver leur peau, à cause de cette caméra volante qu’il n’y avait pas à l’époque de La Haine, ils vont pratiquer l’intimidation puis l’humiliation avec des méthodes borderline. Mais les policiers eux-mêmes sont confrontés quotidiennement à du borderline, c’est un engrenage global de part et d’autre. » 

Si Christophe Rossignon estime que les problématiques des banlieues françaises ont beaucoup changé en 25 ans, il rappelle que les deux films « ont une fin assez proche ».  Le fatalisme de la conclusion de La Haine – où l’on entendait la célèbre phrase « L’importantc’est pas la chutec’est l’atterrissage » – se voyait en effet reconduit à la fin des Misérables, qui montrait un embrasement de la cité et faisait le constat d’une impasse politique.

« L’aspect sociétal était un moteur secondaire de La Haine car le moteur principal de Mathieu était de viser une puissance cinématographique digne des films qu’il adulait. Ses maîtres sont Scorsese, Coppola, Spielberg et il voulait faire des plans-séquences comme dans Les Affranchis, avec une lumière chiadée et une mise en scène pleine de tension. Alors La Haine donne clairement un point de vue sur la société française, mais on n’était ni sociologues ni visionnaires et on n’avait pas conscience de l’impact qu’aurait le film. Mathieu racontait une bavure policière dans une oeuvre en noir et blanc divisée en deux parties – une moitié en banlieue, une moitié dans Paris – où les personnages découvraient à quel point les policiers de la capitale n’étaient pas les mêmes qu’en banlieue. On pensait cinéma et on ne se projetait pas dans le futur en se disant que le film allait  faire grand bruit. » 

Le bruit de La Haine dépassa pourtant largement les frontières et parvint jusqu’aux oreilles des cinéastes admirés par Mathieu Kassovitz. « Jodie Foster a décidé de devenir la marraine du film pour son lancement aux ÉtatsUnis. Grâce à elle, il a été vu par Martin Scorsese ou Steven Spielbergqui en ont dit le plus grand bien. » Preuve que La Haine incarne une parfaite rencontre entre oeuvre artistique inspirée et sujet sociétal engagé. 

La Haine de Mathieu Kassovitz, ressortie le 5 août

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