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Dans son documentaire Un pays qui se tient sage (sortie le 30 septembre), David Dusfrene s’appuie sur des vidéos prises lors d’opérations de maintien de l’ordre pour questionner la légitimité de la violence policière. Une représentation de la police très loin du commissaire Moulin et de la série PJ, comme nous l’a décrypté Guillaume Le Saulnier, enseignant-chercheur en sciences de la communication à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, spécialisé dans les relations police-médias.

Malgré l’accumulation d’évidences, une large partie de la population rejette la possibilité de violence systémique au sein de la police. Comment l’expliquer ?

Énormément de séries et films ont entretenu ce que le sociologue britannique Robert Reiner appelle le « fétichisme” autour de la police. C’est le mythe selon lequel la police serait une condition nécessaire et suffisante à l’ordre social ; son absence serait synonyme de chaos. Il date de la seconde moitié du 19ème siècle. La police prend alors conscience qu’il faut rendre visible son action, sur la voie publique (avec l’uniforme) mais aussi dans la presse. Elle noue alors des liens avec elle. Le public se fascine pour les héros policiers parce qu’ils symbolisent la frontière entre la norme et la déviance. Cette fascination s’accélère avec l’apparition du cinéma et de la télévision.

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Et à l’époque, la police a l’air irréprochable ?

Il y avait une censure très forte. Et de toute façon, les sociétés de production de cinéma étaient obligées d’être en bons termes avec la police pour avoir les autorisations de tournage sur la voie publique. Au-delà de ça, les fictions sont aussi le reflet de la sensibilité publique. L’historien Yannick Dehée distingue trois périodes dans l’imaginaire télévisuel français. La première commence, d’après lui, en 1958 avec la série Les Cinq dernières minutes. L’inspecteur Bourrel y est une espèce de héros national débonnaire qui va rétablir l’ordre dans une société qui est globalement pacifiée.

 

À la fin des années 70, la société est perçue comme en proie au désordre et à la délinquance. C’est l’époque du commissaire Moulin, le policier en jean et baskets au langage familier. Il va être dans les arrangements, les transgressions par rapport à la déontologie voire au code pénal. Avec les années 2000 arrivent des personnages policiers plus ambigus qui doivent sans cesse arbitrer entre la légalité et l’efficacité et qui peuvent basculer dans la déviance, comme dans Police District ou Engrenages. Ces séries vont suggérer qu’il est nécessaire pour le héros policier de recourir à des violences illégitimes.

 

Police District

Justement, les violences policières sont au cœur du débat public en ce moment.

La question fondamentalement, c’est est-ce que les usages de la violence sont banalisés, individualisés comme étant le fait de “brebis galeuses” ou politisés comme des processus sociaux institutionnels ? Cela fait un moment qu’on a en France une forte problématisation de l’action policière dans le débat public et politique, ce ne serait donc pas étonnant de voir des fictions qui vont réfracter cette problématisation.

Image de couverture : Engrenages saison 4 –  ©  Daniel Bardou/Son & Lumière/Canal+
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