
À l’heure des remakes, des suites et spin-off dans tous les sens, on ne cachera pas avoir eu quelques doutes en voyant Marco Cherqui, Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, respectivement producteur et scénaristes du film Un prophète de Jacques Audiard, en proposer une nouvelle version sérielle. Que pouvait-on bien apporter à ce film à l’os, plein de fantômes, unanimement acclamé à sa sortie en 2009 ?
À première vue pas grand-chose, puisque les huit épisodes en reprennent la substantifique moelle, cette plongée dans un univers carcéral fantomatique et cette lutte intense de Malik, le petit délinquant qui découvre un monde criminel plus grand que lui, pour ne pas perdre son âme en essayant d’y survivre. Mais, déjà, ce Prophète se montre à la hauteur de l’enjeu, tant en matière de narration que de mise en scène, jouant sur les clairs-obscurs et les espaces clos avec brio pour creuser encore le sillon mystique et introspectif du film.
À ses personnages complexes dont les trajectoires ne cessent de s’emboîter ou de se caramboler selon leurs intérêts et leur habileté, à ses oscillations entre hyperréalisme et lyrisme, la série ajoute un regard d’une acuité phénoménale sur les changements sociétaux et communautaires à l’œuvre depuis dix-sept ans : les Corses d’Audiard ont été remplacés par les trafiquants maghrébins qui les défiaient dans le film, eux-mêmes désormais aux prises avec des caïds sans attaches ; Malik est devenu un exilé mahorais transformé en mule par des passeurs peu scrupuleux ; et le scénario intègre tout un volet politique passionnant, sur fond de corruption et de crise du logement à Marseille. Enfin, si Jacques Audiard avait révélé Tahar Rahim en 2009, la série reprend le flambeau et offre à Mamadou Sidibé, découvert lors d’un casting sauvage, l’espace de déployer son indécent talent.
