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RÈGLE DE TROIS — Maud Geffray, quelle cinéphile es-tu ?

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Elle a récemment remixé avec brio la musique d’ouverture du Grand bleu et a signé la B.O. du docu Southern Bell de Nicolas Peduzzi en 2018. Adepte des sonorités dark et suaves, et grande admiratrice des compos de Philip Glass, la DJ électro Maud Geffray, moitié du groupe Scratch Massive, était de passage au FIFIB pour une carte blanche (elle a présenté le film Lilya 4ever du Suédois Lukas Moodysson) et un show palpitant. On a profité de cette occasion pour proposer à cette musicienne aventureuse de répondre à notre questionnaire cinéphile.

Décris-toi en 3 personnages de fiction.

Je suis obligée de citer Ma nuit chez Maud de Rohmer. C’est un film que mon père et ma mère ont vu et ils se sont dit après : « Si on a une fille, elle s’appellera Maud. »  On s’identifie forcément au personnage qui nous a donné son nom. Et c’est bizarre, mais je pense aussi à un autre personnage de Rohmer : celui de Louise dans Les Nuits de la pleine lune [incarné par Pascale Ogier, ndlr], qui fait partie de son cycle Comédies et Proverbes. Parce que j’aime bien ce dilemme auquel elle fait face. Rohmer résume cette idée à travers le proverbe : « Qui a deux femmes femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison. » Ces dilemmes sont assez proches de ceux que j’ai pu avoir. J’aime beaucoup ce film. Et puis je vais peut-être citer le personnage de Charlotte dans L’Effrontée [film signé Claude Miller et sorti en 1985, ndlr]. Déjà parce que l’adolescence c’est une période que j’aime beaucoup et qui m’habite encore aujourd’hui. Mais aussi parce que, gamine, je m’étais vachement identifiée à Charlotte Gainsbourg, qui joue une petite adolescente brune un peu maladroite, secrète, qui ne se sent pas belle et suit une fille blonde incroyable vers un monde merveilleux. Venant d’une petite ville qui s’appelle Saint-Nazaire, j’ai aussi ressenti cette envie de m’échapper.

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3 films qui te font planer.

American Honey d’Andrea Arnold, un film sur toute une bande de jeunes qui partent pour l’Amérique. Y a vraiment un vent de liberté qui souffle sur ce film. La B.O. est géniale. C’est assez assez kiffant, il y a un plaisir à l’écran que je trouve assez fort quoi. J’aime beaucoup le cinéma d’Andrea Arnold. Le Voyage de Chihiro d’Hayao Miyazaki, parce que c’est féérique, merveilleux. Et puis, dans un tout autre registre, je pense à Enter The Void de Gaspar Noé, plutôt glaçant dans le genre « trip » – plutôt « mauvais trip » même -, mais qui m’a beaucoup marquée. Le début en caméra subjective est incroyable. Je l’avais vu à une avant-première où Gaspar m’avait invitée. C’était sur les Champs-Elysées, à 10h30 du matin, bonjour le réveil !

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« Je trouve que Carpenter se sous-estime en tant que musicien »

Les 3 B.O. de Philip Glass que tu affectionnes le plus ?

Celle de Koyaanisqatsi. C’est la musique d’un documentaire expérimental du même nom [réalisé par Godfrey Reggio, le film est sorti en 1982, ndlr]. C’est une espèce de fable écologique un peu avant l’heure. Il y a de grands espaces qui sont filmés et c’est hyper beau sur ce que ça dit de la transformation du monde. Il y a des nappes très graves et des voix lancinantes qui habillent les images. C’est vraiment très trippant. On aurait pu le mettre dans la case « planant » aussi, parce que c’est assez magique. Il y a un autre disque auquel je pense, mais je ne suis plus sûre que c’est une B.O, c’est Aguas Da Amazonia. C’est composé avec des marimbas [xylophones à résonateurs très utilisés dans la musique sud-américaine, ndlr], c’est hyper beau [cette musique n’a pas été utilisée dans un film, ndlr]. Une B.O. plus connue : celle de The Hours de Stephen Daldry. Même si on le qualifie souvent ainsi, je ne trouve pas que sa musique soit minimale. C’est quand même très emphatique et mélodique ce qu’il fait. On le reconnaît en une seconde, Glass. Je pense que quand on est réal et qu’on fait appel à lui, on sait exactement ce qu’on veut amener à son film.

3 B.O. que tu rêverais de remixer à ta sauce ?

La musique de Ryūichi Sakamoto, que j’aime beaucoup, dans Furyo de Nagisa Ōshima. C’est un film des années 1980 que mon père m’avait montré quand j’étais toute petite et j’en garde des souvenirs hyper étranges, notamment celui de la scène où David Bowie se fait enterrer vivant. C’est assez glaçant. Et la musique qui accompagne ce film fou est aussi dingue. Dans un autre genre, il y a aussi celle d’Assaut de Carpenter. C’est mon thème préféré de lui. Limite, je ne regarde le film que pour l’écouter. C’est très simple et en même temps parfait, je ne m’en lasse toujours pas. Globalement, je préfère les musiques de John Carpenter à son cinéma. Je trouve qu’il se sous-estime en tant que musicien. Et puis la B.O. de Virgin Suicides de Sofia Coppola par Air. Pareil, la B.O. porte le film. Elle est très belle, très profonde avec ses synthés, son côté très répétitif aussi. 

Un film à regarder à 3h du mat, une nuit d’insomnie ?

Lost in Translation de Sofia Coppola, pour accompagner le trip de décalage.

L’acteur ou l’actrice qui te faisait fantasmer à 13 ans ?

Aujourd’hui, plus du tout, mais à l’époque Johnny Depp. Je le trouvais frais. Il était le héros de cette série qui s’appelait 21 Jump Street que je regardais en rentrant de l’école. Et je le trouvais méga sexy, au top avec son bandana et tout, j’adorais.

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Johnny Depp (à gauche) dans 21 Jump Street

3 scènes de films que tu aimerais vivre ?

Souvent, les scènes les plus intenses, c’est toujours avant que ça bascule. Donc je dirais les premières parties de plusieurs films. Celle de Titanic, déjà, parce que j’adore l’histoire de cette fille qui a l’air de s’emmerder et qui rencontre ce mec qui lui fait vivre des moments absolument palpitants. Il y a un éveil assez magique. La première partie de La Femme d’à côté de Truffaut. Pareil, pour cette histoire d’amour folle, que tu ne peux pas éviter. Spring Breakers de Harmony Korine. Je me souviens que le film démarre avec la musique qui est vraiment géniale. On dirait un espèce de clip, c’est entraînant, communicatif, avec toutes les couleurs, l’ambiance festive… Même si c’est à double-tranchant, évidemment. Ces « spring breakers », c’est un monde horrible et en même temps hyper attractif.

Pour découvrir la musique de Maud Geffray, voici sa fiche artiste sur Spotify.

Portrait © David Daunis

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