« Paolo » sur HBO : la lutte des classes (réussie) façon Sébastien Marnier

En contant l’histoire d’un déménageur qui se prend de fascination pour un candidat aux municipales, le réalisateur Sébastien Marnier impose son amour du genre dans une production HBO singulière, qui mêle lutte des classes, sexualité trouble et politique. Et se paie un casting aussi étonnant qu’impressionnant.


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En trois films (Irréprochable, L’Heure de la sortie et L’Origine du mal), le réalisateur Sébastien Marnier a imposé ses obsessions : des personnages déterminés à s’élever socialement qui choisissent les voies les moins recommandables pour le faire ; une vision quasiment chabrolienne de la province et sa bourgeoisie, qui enfouissent leurs secrets sous un bonheur et une réussite de façade ; et le cinéma horrifique, qui mâtine l’intégralité de son travail.

Sa série Paolo réunit tous ces éléments pour les pousser encore plus loin, embrassant pleinement le genre dès sa séquence d’ouverture, modèle de mise en scène glaçante. On y découvre le personnage éponyme (Jérôme Niel), déménageur sans histoire d’une petite ville (fictive) de Champagne, qui tombe par hasard (ou pas…) sur le meeting de Téophane Tolbiac (Yoann Gasiorowski), candidat aux prochaines élections municipales. Le second est doué pour les discours, le premier fasciné par celui qui les prononce. Jusqu’à tenter de se rapprocher au plus près de ce grand bourgeois, sa femme enceinte et leur villa ultra moderne, s’immisçant bizarrement dans leur vie…

Thriller psychologique qui convoque autant Plein Soleil que Twin Peaks, Paolo cède parfois trop aux sirènes de la noirceur pour garder des personnages pleinement crédibles. Mais la série retombe toujours sur ses pieds grâce à sa mise en scène, précise et élégante sans être poseuse, sa férocité jouissive dans la dissection des frictions entre l’élite et ceux qui lui servent de marchepied, et ses pas de côté brillants. À ce titre, une scène magnifique avec Zahia Dehar qui parle politique dans un kebab résume ce que Marnier réussit le mieux : parler de la violence d’existences sacrifiées et diriger des seconds rôles étonnants. De Guslagie Malanda à Françoise Lebrun, ce casting éclectique et impliqué achève de nous emballer.

sur HBO Max, dès le 25 septembre