
Son refus des catégories a amené Kim Gordon à collaborer avec le producteur angelin Justin Raisen (Charli XCX, Sky Ferreira, Yves Tumor) pour The Collective (2024), son deuxième album solo, et Play Me, son troisième, qui embrasse un peu plus encore la modernité en superposant des sonorités saturées à une production trap assumée. Modelées autour des beats caractéristiques du rap sudiste des années 2000 (basses profondes de TR-808, cymbales charley crépitantes, triolets percutants), les scansions de Kim Gordon, parlées-chantées, haletantes, tiennent autant du rap flow que du discours politique.
Ainsi, sur le groove trip-hop du morceau-titre « Play Me », elle aligne les noms de playlists Spotify (« Rich popular girl / Villain mode / Jazz in the background / Chilling after work ») pour dénoncer cette culture de la commodité qui oriente nos choix en permanence, quand « ByeBye25! » liste les mots interdits par l’administration Trump (« Mental health / Electric vehicle / Gulf of Mexico / Immigrants / Intersex / Diversity »…). Colère et humour noir alimentent ainsi ces douze brûlots incisifs : « Square Jaw » (« Mâchoire carrée ») met en accusation la masculinité toxique ; « Subcon » raille les colonisateurs de l’espace (« You want to go Mars / And then what? ») ; « Dirty Tech » joue avec les mots ( « Dirty tech / Talk dirty tech ») pour évoquer les ravages environnementaux occasionnés par l’IA. Évoquant ici les albums des années 1990 d’Alan Vega, là le Sprechgesang sombre de Dry Cleaning, Play Me élargit la palette sonore de Kim Gordon, modèle d’intégrité et de pertinence artistique, à l’éternelle jeunesse sonique.
Play Me (Matador/Beggars), paru le 13 mars / en concert au Trianon, le 17 avril.