Bill Callahan défie la mort avec son album « My Days of 58 »

En plus de trente ans de carrière, Bill Callahan est devenu un maître dans l’art de la chanson folk-rock américaine. Il est aussi le compagnon fidèle, sûr et sage, d’un public qui apprend un peu plus de lui, de la vie, de la mort aussi, à chaque nouvel album.


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My Days of 58 – son neuvième album depuis 2007 sous le nom de Bill Callahan, après ses débuts indie-lo-fi sous le pseudo Smog – est une sorte de bilan d’étapes : celui d’un homme de 59 ans qui a perdu ses parents (« Empathy » parle de ce que son père ne lui a pas transmis, et qu’il a dû apprendre seul), a eu des enfants sur le tard, un cancer, et est moins angoissé par l’idée de mourir que par celle de ne plus chercher à devenir « la personne qu’il devrait être » (« The Man I’m Supposed to Be »). La quête de toute une vie passée sur les routes pour sans cesse renaître (« Highway Born »), à prendre la température d’une ville « seule, sans lui » (« Lonely City »), à prendre l’air « pour ne pas se noyer »(« Stepping Out for Air »), à composer et à chanter sans toujours savoir s’il s’agit là de « créativité ou de pathologie »(« Pathol O. G. »)…

Cette recherche, Bill Callahan semble la mener à bien dans ce dernier album, où son art coïncide plus que jamais avec sa personne : des chansons d’une sincérité absolue qui abordent des sujets aussi graves que leur traitement est léger, détendu, Callahan sifflotant même. My Days of 58 nargue la mort (partout), à grand renfort de cuivres, de cordes, de piano, de pedal steel, de chœurs un peu faux chantés par des musiciens fidèles (le batteur Jim White offre un ballet de balais, Matt Kinsey bariole le ciel avec sa guitare), jouant ensemble comme s’ils étaient en répétition.

Moins lonesome cow-boy que jamais, Bill semble entouré d’anges, jusqu’à Lou Reed qu’il imagine, tout de blanc vêtu, le prenant par la main et l’invitant à enfourcher une étoile naine, un trou noir ou n’importe quelle autre âme, dans « Why Do Men Sing » (« Pourquoi les hommes chantent-ils »). Tout l’album répond magnifiquement à cette question.

My Days of 58 (Drag City), sortie le 27 février.