Comment être heureux dans un monde qui va mal ?

Où est-ce qu’on se marre ce mois-ci ?
Les recos de Renan Cros, journaliste culture et présentateur du Cercle séries sur Canal+


tout va super 2

Cet article fait partie de notre nouvelle rubrique, HA HA HA !, tenue par notre journaliste Renan Cros, qui chronique d’un point de vue personnel une tendance dans le monde de l’humour.

Je vous écoute. Ah, parce que vous attendiez que je vous donne une réponse ? J’espérais pour une fois un peu d’implication de votre part. Ne pas constamment avoir à faire ici et les questions et les réponses… Mais non ! Il va falloir vous réveiller. Moi, je m’en moque, mon bac, je l’ai déjà, c’est pour vous ! (Pardon, un relent de vieux prof de terminale.) En revanche, désolé, cette fois-ci, je n’ai pas la réponse. Non pas d’ailleurs que mes précédentes chroniques aient été si riches en illuminations. Au prix de la pige, on est sur un ratio honnête. Mais là, franchement, je sèche.

Parce qu’à la vitesse où l’époque s’enfonce, où tout autour de nous semble à la fois complètement dingue et totalement normal, on se dit que la seule solution qu’il nous reste pour être heureux, c’est de prendre un coussin et de hurler dedans à intervalles réguliers. Ce qui, certes, fait du bien (essayez, vraiment), mais croyez-moi l’effet s’estompe vite. Et ce n’est pas ce qu’on peut appeler la base d’une santé mentale au top. « Tout va super », en voilà une phrase qu’on a du mal à prononcer en ce moment. C’est pourtant le titre d’un film qui fait du bien à entendre. C’est ce que je croyais avant de finir en larmes. C’est l’histoire d’un jeune homme qui vit en même temps le plus beau et le plus dur moment de sa vie. Tomber amoureux au moment où on apprend que sa mère, malade, va mourir, ça ne doit pas aider à tenir solide-solide sur ses jambes. Et rien de mieux que l’air toujours égaré et l’énergie comique de Hakim Jemili pour jouer ce bordel des sentiments. Colosse burlesque, l’acteur trimballe sa mélancolie en colère, s’empêtre toujours avec grâce dans les politesses, drague comme on trébuche. Son arrivée dans le cinéma français fait un bien fou.

Son air toujours inquiet et complètement sidéré par tout, sa façon de s’emporter avec douceur, d’être en colère en chuchotant, de ruminer ce qu’il aurait fallu dire, ce qu’on aurait dû faire, c’est nous, souvent, en ce moment. Un état qui n’en peut plus, qui encaisse et se demande quand tout ça va s’arrêter. Un antidote à cette insupportable résilience qu’on nous vend partout. Ce concept marketing, répété à coups de podcast bienveillant, qui voudrait faire de nous des entrepreneurs de notre seum. Tout doit être aujourd’hui une leçon inspirante. C’est tout l’inverse que raconte cette histoire entre une mère, son fils et cette amoureuse qui débarque au mauvais moment. Ces trois-là sont drôlement tristes, tristement drôles et n’ont rien d’autre à nous apprendre que ça. Le droit de ne pas trop savoir ce qu’on ressent. Vivre les choses sans les nommer de peur qu’elles ne deviennent trop réelles. Parfois, les questions, c’est mieux que les réponses.

Tout va super de Patrick Cassir Zinc. (1 h 31), sortie le 27 mai