THE END · On décrypte la fin des « Amours chiennes » d’Alejandro González Iñárritu

The End, c’est une nouvelle rubrique dans laquelle nous analysons la dernière scène d’un film culte. Aujourd’hui, « Amours chiennes » d’Alejandro González Iñárritu.


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"The End" (c) MetropolitanFilmExport

Au terme des deux heures trente d’Amours chiennes, alors que les tragédies n’ont cessé de se multiplier, tout comme les cadavres – humains comme canins – de s’amonceler, c’est vers une forme de rédemption que se dirige Alejandro González Iñárritu. Situé à Mexico, ce grand film choral raconte trois histoires parallèles ayant en commun un accident de voiture : celle d’Octavio (Gael García Bernal), jeune homme qui désire s’enfuir avec la femme de son frère grâce à l’argent gagné en faisant participer son chien à des combats clandestins ; celle de Valeria (Goya Toledo), top model qui s’installe dans un appartement chic avec son amant avant de voir sa carrière brisée et son chien prisonnier d’un trou dans le plancher ; et enfin celle d’El Chivo (Emilio Echevarría), ancien professeur ayant quitté sa famille pour devenir guérillero et vivant désormais en marginal avec des chiens en exerçant l’activité de tueur à gages.

C’est sur ce personnage et son désir de renouer avec sa fille adulte, qui le croit mort, que s’achève le film. Après avoir refusé d’exécuter un contrat, El Chivo se rase la barbe et met des lunettes comme pour dire adieu à sa vie de tueur. Il s’introduit dans le domicile de sa fille pendant son absence, y dépose de l’argent et laisse un message sur le répondeur téléphonique : « C’est Martín, ton papa. Je suis un fantôme toujours vivant. Quand je t’ai vue pour la dernière fois, on venait de fêter tes 2 ans. » Cet homme, qui semblait impassible jusque-là, éclate soudain en sanglots en confiant ses regrets : « Je voulais changer le monde pour le partager avec toi. Comme tu le vois, j’ai échoué. J’ai fini en prison. » Le répondeur s’arrête d’enregistrer juste avant qu’El Chivo ne dise ces mots : « Je t’aime, ma fille. »

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Il part avec le chien qu’il avait plus tôt ramené à la vie, et le dernier plan montre ce duo s’en aller tranquillement de dos vers un vaste désert, face à un ciel rempli de nuages. Une image de nature majestueuse pour conclure tous ces récits urbains de lutte désespérée pour la fortune, la gloire et l’ego. Et s’il est peut-être trop tard pour sauver le monde du chaos, la fin d’Amours chiennes invite au moins à contempler un horizon dégagé des folies humaines.