
Révélé par l’électrochoc Evil Dead (1983) puis célébré dans le monde entier avec sa trilogie des Spider-Man, Sam Raimi est devenu ces derniers temps un réalisateur rare, puisqu’il n’a signé que trois films en plus de quinze ans. Une absence d’autant plus regrettable que ses deux dernières réalisations étaient assujetties aux desiderata des grands studios.
C’est dire si le style expressionniste et l’humour très noir du cinéaste manquaient et à quel point il est bon de le retrouver aux commandes de ce mix improbable entre Le diable s’habille en Prada et Seul au monde. Moins thriller que fable édifiante, l’intrigue suit Linda Liddle, une employée compétente, aussi introvertie que maladroite. Tant et si bien qu’elle est constamment moquée par ses collègues, en particulier par son nouveau patron, un jeune coq suffisant. À la suite d’un concours de circonstances, elle échoue sur une île déserte avec, pour seul compagnon, son supérieur. Habitué à une vie bourgeoise feutrée, ce dernier est rapidement tributaire de son employée fan de télé-réalité de survie. S’ensuit un duel de plus en plus sauvage au cours duquel les naufragés vont révéler leur vraie nature.
Ce qui frappe immédiatement dans Send Help, c’est le désir ardent de purification qui porte tout le projet : le film montre constamment ses personnages en train de vomir, saigner, baver, comme si, à travers leurs éructations, Raimi purgeait son cinéma de la bienséance amorphe de la plupart de ses contemporains. On aurait pourtant tort de résumer le film – par ailleurs hilarant – à ces réjouissants débordements. Très proche de son chef-d’œuvre Jusqu’en enfer (2009), Send Help brosse le portrait de personnages toujours surprenants, en proie à des dilemmes d’une réjouissante cruauté. Et dans un épilogue d’un culot monstre, le réalisateur, habituellement optimiste, fait montre d’un désespoir lucide sur nos sociétés obsédées par la compétition et le paraître.
Send Help de Sam Raimi, en salle le 11 février, Walt Disney (1 h 54)