
C’est un zoom avec l’équipe d’A24 qui a mis le feu au poudre. On y découvre un Timothée Chalamet azimuté, multipliant les pitchs loufoques pour la promo de son film Marty Supreme. Le clip devient viral mais internet s’inquiète : a-t-il perdu la tête ? Pas du tout, il est même plutôt malin et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’acteur américain utilise le bizarre pour promouvoir ses projets. Souvenez-vous en décembre dernier, en pleine promo d’Un parfait inconnu, il était apparu dans un live insta d’une quinzaine de minute très étonnant. Il n’est d’ailleurs pas le seul à cultiver une personnalité publique excentrique.

L’acteur britannique Robert Pattinson lui aussi a pu dévoiler son côté bizarre dans des shootings ou dans ses rôles comme dans The Rover, The King, Mickey 17 ou prochainement Dune : Troisième partie où il devrait incarner un grand méchant métamorphe. Et cet attrait pour le bizarre, ou weird en anglais, ne fait pas uniquement son retour dans le monde du cinéma.
En musique, le succès d’une artiste comme Audrey Hobert avec son esthétique décalée, son grand sens de l’autodérision et ses paroles ultra spécifiques s’inscrit aussi dans cette tendance. Tout comme l’émergence des Weird girl book ou « livre pour fille bizarre » en français. Ces récits mêlant horreur et satire, souvent avec des héroïnes à la marge, gagnent en popularité sur TikTok depuis le début des années 2020, avec le succès de livres comme Mon année de repos et de détente d’Ottessa Moshfegh où une héroïne se donne comme projet d’hiberner pendant une année ou Bunny de Mona Awad dans lequel une étudiante rejoint une sororité aux rituels assez particuliers. Le phénomène a d’ailleurs pris tellement d’ampleur qu’en mai 2025 la maison d’édition britannique Penguin Random House a sorti une collection spéciale “Weird Girls”.
Depuis les années 2020, la tendance ‘weirdcore’ se popularise aussi sur Internet avec l’émergence de visuels dérangeants et malaisants, jouant souvent sur les espaces virtuels et les codes d’internet. Et du côté de la mode et de la beauté, l’émergence d’une trend comme l’ugly beauty, avec comme figure de proue Julia Fox, confirme que le bizarre et l’étrange font désormais pleinement partie de notre quotidien.
Le weird en lui-même n’est pas nouveau. C’était déjà un genre littéraire du début du XXe siècle, mêlant horreur, fantastique et science fiction et qui a connu un premier renouveau dans les années 1990 avec le New Weird. Mais son retour sur le devant de la scène aujourd’hui peut s’expliquer de plusieurs façons. D’abord par l’omniprésence des réseaux sociaux dans notre quotidien, où la Gen Z notamment a développé un sens de l’humour bien particulier, basé sur l’absurde. Des contenus deviennent alors viraux justement parce qu’ils sont bizarres et suscitent la surprise.
Mais ce retour du weird traduit aussi une volonté de lutter contre l’uniformisation des contenus liée aux algorithmes et de composer avec l’éco-anxiété et l’incertitude face à l’avenir. C’est ce que théorise Mark Fisher dans son essai The Weird and the Eerie (2016) où il présente le bizarre comme un moyen de fissurer un monde structuré par des forces invisibles, comme le capitalisme et les crises financières. Et aujourd’hui, la résurgence du bizarre témoignage justement d’une volonté de se détacher des normes sociales et d’une esthétique lisse et aseptisée, pour renouer avec une certaine authenticité, individualité et liberté créative.
