
Fin 2024, Arte diffusait La Mesías, une série espagnole d’une audace rare, qui raconte la bascule d’une mère et de ses enfants dans une secte ultra-catholique, des années 1980 aux années 2010. Un choc. À travers sept épisodes d’une grande créativité et profondeur, mêlant les genres (horreur, thriller, camp, SF, mélodrame…) avec maestria, le show – à la fois crépusculaire, fou et flamboyant – invite à regarder lucidement les traumatismes d’un pays plombé par son héritage ultra-religieux et trop souvent sourd aux violences intrafamiliales, dissimulées depuis des décennies dans des foyers barricadés.

À peine la série terminée, on a googlé le nom de ses deux showrunners, Javier Calvo et Javier Ambrossi. On avait visiblement un train de retard : les deux artistes madrilènes, passés maîtres dans l’art de marier kitsch et sacré, sont devenus de véritables icônes queer dans leur pays, adoubées par leur mentor Pedro Almodóvar (dont l’influence est évidente).

Ils sont même devenus jurés puis mentors de l’émission musicale « Operación Triunfo » (une sorte de Star Academy espagnole) à partir de 2017.
Mais d’où viennent ces OVNIS ?
D’abord acteurs (Calvo, né en 1991 à Murcie, a été révélé par la télévision, dans la série très populaire Física o Química ; Ambrossi, né en 1984 à Madrid, s’est formé au théâtre, a étudié le journalisme et enchaîné les petits rôles à la télé espagnole), les deux artistes ont progressivement imposé leur univers en co-créant La llamada, une comédie musicale qu’ils ont pensée pour le théâtre, et qui a eu beaucoup de succès en Espagne, puis tard adaptée en film sous le titre Holy Camp !, dans lequel ils racontent l’histoire de de deux ados rebelles fans de musique électronique vivent une expérience hors du commun lors d’une colonie de vacances religieuse. Puis les séries Paquita Salas (une satire du milieu artistique) et Veneno (biopic flamboyant de l’égérie trans Cristina Ortiz Rodríguez).

Avant de franchir un cap avec La Mesías. En 2023, plus de trois millions de téléspectateurs avaient les yeux rivés surcette série spectaculaire, diffusée sur Movistar Plus+.
Que nous réserve La bola negra, le film qui leur vaut leur première sélection en Compétition, et dont le casting est composé de Pénélope Cruz, Glenn Close mais aussi Lola Dueñas, révélation de La Mesías ? Le synopsis reste flou, mais on note que, comme dans cette série qui a fait leur succès, les Javier revisitent trois époques (en l’occurrence 1932, 1937 et 2017) à travers le destin de trois hommes, réunis par un « même fil invisible ».
