Pourquoi le passage du live à l’animation reste une exception ?

En teasant  « Ally », son tout premier film d’animation, Bong Joon-ho lance une vraie question.


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Bong Joon-ho a révélé la première image de son prochain film et, surprenemment, c’est un film d’animation. À part le fait que cela ressemble beaucoup à Marine Malice ou à Gloups ! je suis un poisson, cela interroge sur une frontière très peu franchie : celle entre les réalisateurs de prises de vues réelles et ceux qui font de l’animation. Cette frontière est rarement traversée. À part quelques exemples comme Steven Spielberg avec Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne, Wes Anderson avec ses films en stop motion, ou encore Michel Hazanavicius, plus récemment avec La Plus Précieuse des marchandises, il y a en réalité très peu de réalisateurs qui parviennent à passer ce cap.

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Les Aventures de Tintin : Le secret de la licorne

Trois raisons peuvent expliquer cela. La première, et pas des moindres : réaliser un film d’animation prend énormément de temps. Généralement entre trois et cinq ans, mais cela peut aller jusqu’à six ou sept années entre le premier pitch et la sortie en salles. C’est un travail minutieux, image par image, qui peut décourager certains réalisateurs préférant sortir un ou deux films par an. Tim Burton, par exemple, n’a pas réalisé L’Étrange Noël de monsieur Jack, étant occupé par Batman : Le Défi. Il a donc confié le projet à Henry Selick, qui a travaillé dessus pendant plus de trois ans. On imagine difficilement des réalisateurs comme Hong Sang-soo ou Quentin Dupieux, qui sortent des films très fréquemment, se lancer dans l’animation – ou alors en parallèle, en déléguant.

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L’étrange Noël de Monsieur Jack

Cela rejoint la deuxième raison : faire de l’animation demande des compétences spécifiques que tous ne possèdent pas. Pour Pinocchio, Guillermo del Toro s’est entouré de Mark Gustafson. De même, pour Astérix : Le Domaine des dieux, Alexandre Astier a collaboré avec Louis Clichy, ancien animateur chez Pixar. Souvent, les réalisateurs issus de la prise de vue réelle qui s’aventurent dans l’animation utilisent la capture de mouvement, une méthode plus proche de leur manière de diriger. On la retrouve notamment dans Le Pôle express de Robert Zemeckis, Happy Feet de George Miller, ou encore A Scanner Darkly de Richard Linklater. Cette technique permet d’ajouter des couches supplémentaires à leur mise en scène.

Enfin, troisième raison : un certain mépris. L’animation reste parfois mal perçue par certains réalisateurs de prises de vues réelles. Elle est vue comme un médium enfantin, supposé limiter les thèmes abordés, malgré la richesse du format. Ce constat, Jérémy Clapin l’évoquait déjà. Réalisateur de J’ai perdu mon corps et de Pendant ce temps sur Terre, il souligne qu’il est difficile d’accompagner les réalisateurs à faire le passage de l’animation à la prise de vue réelle. Il évoque un manque de confiance, alors que le mouvement inverse est davantage encouragé. Alterner entre les deux reste compliqué et peut dérouter : il est souvent plus simple de suivre une seule trajectoire.

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J’ai perdu mon corps

Dans le cas inverse, celui des réalisateurs d’animation passant à la prise de vue réelle, les exemples sont également rares. On peut citer Brad Bird qui, après Ratatouille, s’est attaqué à Mission : Impossible – Protocole Fantôme. Ou encore deux réalisateurs japonais : Hideaki Anno, créateur de Neon Genesis Evangelion, qui s’est réapproprié le mythe de Shin Godzilla, et Mamoru Oshii, connu pour Ghost in the Shell, qui avait déjà exploré la prise de vue réelle avec StrayDog Kerberos Panzer Cops et The Red Spectacles.

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Ratatouille

Reste une question : Bong Joon-ho réussira-t-il son passage à l’animation ? Réponse dans un an, puisque Ally vise une sortie en 2027.