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Pour le « Guardian », John Waters et Mink Stole reviennent sur la genèse de « Pink Flamingos »

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Toujours aussi excentriques, le pape du trash américain et son actrice fétiche Mink Stole se sont confiés au Gardian sur leurs souvenirs du tournage et la réception de l’outrancier Pink Flamingos.

Dès Mondo Trasho (1969), son premier long-métrage, John Waters scelle le début d’une série de collaborations avec ses deux acteurs fétiches : le performeur drag  Harris Glenn Milstead, plus connu sous le surnom de Divine (disparu en 1988) et l’actrice et chanteuse Mink Stole. Avec cette dernière, il revient pour The Guardian sur la genèse folle du culte et décadent Pink Flamingos.

Une interview généreuse qui témoigne de la grande lucidité de John Waters face à l’époque troublée qui a indubitablement nourri Pink Flamingos, entre le massacre de 1969 commis par la secte de Charles Manson et l’essor du porno mainstream : « Je suis allé au procès de la famille Manson juste avant de faire Pink Flamingos. Cela a eu un effet énorme sur moi (…). La pornographie était également en train de devenir légale, ce qui laissait les films d’art et d’essai sans foyer« . C’est dans ce contexte que Pink Flamingos a été conçu, avec la furieuse envie de s’éloigner des (nouvelles) convenances : « J’ai essayé d’imaginer des choses qui n’étaient pas encore illégales au cinéma, mais qui auraient dû l’être« .

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Malgré un maigre budget (seulement 10 000 $) et des conditions de tournage difficiles – John Waters avoue avoir parfois « fait des journées interminables de 22 heures dans le froid glacial, ce que l’on ne peut faire que quand on est jeune, fou et motivé « , se remémore-t-il joyeusement, tout en se souvenant avoir écrit ce film « au fur et à mesure  » du tournage. Mais il ne faut pas s’y tromper : John Waters est aussi d’une grande rigueur dès qu’il s’agit de diriger ses comédiens : « Le film a l’air brut, mais tout a été très répété. Personne n’était défoncé dans la scène de la fête« . Il aime par ailleurs rappeler avec une once de provocation qu’il a « toujours su que [la scène dans laquelle Divine] mange de la merde de chien allait conclure le film « .

 

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Pas bête, John Waters a tout de suite flairé le potentiel de Pink Flamingos, projeté comme un midnight movie (film à petit budget, souvent underground et diffusé dans les cinémas tard la nuit) : « J’ai su que ça pouvait être un succès. Même si on détestait ça, on ne pouvait pas ne pas en parler à quelqu’un » . Fidèle à son image de trublion, le cinéaste déclare même avoir montré Pink Flamingos à des enfants lors de la fête d’anniversaire de la fille de son directeur de casting : « Nous avons couvert leurs yeux pour les scènes de sexe. Mais les enfants ont toujours aimé Divine, parce qu’elle était comme un clown. Je me souviens que certains d’entre eux couraient dans l’appartement en criant. Quand j’y repense, nous aurions tous dû être enfermés. » Heureusement, John Waters affirme que la fille en question est aujourd’hui « très heureuse et bien équilibrée » même si elle a dû « regarder un trou du cul chanter« .

Le ton irrévérencieux de Pink Flamingos a également marqué au fer rouge l’équipe du film qui s’est depuis constituée comme une authentique famille de cinéma, comme le révèle Mink Stole : « Personne à l’époque ne faisait ce que nous faisions. […] Tous les gens avec qui j’ai travaillé sont devenus mes amis, mon autre famille. Nous nous connaissons et nous nous aimons toujours 50 ans plus tard« .

Avec ses brillantes saillies et son mauvais goût érigé en art, John Waters n’a rien perdu de sa force caustique, lui qui déclarait dans l’interview qu’il nous a accordée cet été (à lire ici) : « Je m’intéresse vraiment aux gens qui agissent de manière incompréhensible« . On attend avec vive impatience son retour derrière la caméra.

Image: © New Line Cinema.

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