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[PORTRAIT] Florence Pugh : « L’image artificielle, ça m’angoisse »

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En deux rôles forts, elle a imposé son charisme hallucinant : dans The Young Lady de William Oldroyd (2017) et dans Midsommar d’Ari Aster (2019), Florence Pugh campe des héroïnes pugnaces et résilientes. L’Anglaise de 23 ans, qui partage l’affiche avec Saoirse Ronan dans Les Filles du docteur March de Greta Gerwig (sortie le 1er janvier) et avec Scarlett Johansson dans Black Widow de Cate Shortland (le 29 avril), a toujours su bien s’entourer.

Seule, la bouche tordue de désespoir, avec ses larmes et sa couronne de fleurs : c’est ainsi, sur l’affiche de Midsommar d’Ari Aster, que le visage poupon de Florence Pugh a marqué notre été. Cette image en tête, on est un peu surpris en découvrant son ton léger et ses élans chaleureux au téléphone quand elle nous appelle depuis Oxford, la ville anglaise où elle est née – elle est maintenant installée à Londres, mais voyage beaucoup pour sa carrière, qui a décollé en flèche. Si elle s’est fait connaître par des rôles de grandes torturées, elle n’est certainement pas allée puiser dans son enfance pour les composer. «J’ai vécu avec mes parents et mes deux sœurs en Andalousie jusqu’à mes 6 ans, lance-t-elle de sa belle voix grave. Je me souviens de la sensation de monter dans les arbres, de me jeter dans la mer, de courir dans le sable… On peut dire que c’était une enfance merveilleuse.»

Florence Pugh pourrait bien être la figure de proue d’une nouvelle génération d’actrices fières et libres.

De retour en Angleterre, elle commence le théâtre et se passionne pour les accents, encouragée – comme son frère, Toby Sebastien, qui joue la comédie et chante – par des parents très versés dans l’art. À 17 ans, elle décroche son premier rôle dans le drame The Falling de Carol Morley (2014) et se fait remarquer par la critique avec ce personnage de rebelle influente étouffée par les conventions dans un lycée pour filles. Mais c’est son deuxième film, The Young Lady (2017), qui fait éclater son talent au grand jour. Elle y crève littéralement l’écran, en jeune femme à qui un mariage forcé et une séquestration ont fait perdre toute pitié, dans l’Angleterre rurale du xixe siècle. «C’est très noir, mais il faut s’imaginer ce que c’était que d’être une femme à cette époque. Pour moi, elle est sa propre sauveuse, même si elle en passe par le meurtre.»

Les Filles du Docteur March de Greta Gerwig

CHEFFE DE MEUTE

Du haut de son mètre soixante-deux, elle a tenu cette année sur ses solides épaules le rôle de l’héroïne qui perd tout puis se relève dans le sidérant film d’horreur ensoleillé Midsommar, qui explore finement les notions d’amour et de toxicité dans les communautés – familiale, amicale et spirituelle. Elle excelle tout autant dans deux autres films récents, plus lumineux, qui semblent davantage faire écho à sa personnalité. Quand on lui parle de son rôle d’ado qui se lance dans le catch avec son frère dans Une famille sur le ring (sorti en V.O.D. cette année en France), elle n’invoque qu’une source d’inspiration. «J’ai passé mon enfance à me battre avec mon frère et à le mordre. Il a huit ans de plus que moi. Faire ce film m’a comblée de joie, j’ai enfin pu gagner symboliquement contre lui», exulte-t-elle.

On l’imagine tout aussi proche du tempérament de son personnage dans le vibrant et tourbillonnant Les Filles du docteur March de Greta Gerwig. Elle y est l’enjouée et secrètement sensible Amy, qui provoque sans arrêt sa sœur Jo (Saoirse Ronan) et leur prétendant Laurie (Timothée Chalamet). À voir ses rôles de femmes fortes et les réalisatrices et actrices qui l’entourent depuis le début de sa carrière (Laura Dern et Meryl Streep sont du film de Gerwig), on se dit que Florence Pugh pourrait bien être la figure de proue d’une nouvelle génération d’actrices fières et libres, qui ont pris pour argent comptant tout ce qui avait été promis à la précédente.

«J’ai débarqué dans l’industrie du ciné il y a seulement six ans. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai fait les bonnes rencontres, mais pour moi ça n’a pas été horrible. Hollywood a encore du chemin à faire, mais la parole circule enfin. Cela dit, il ne faut pas que la discussion s’arrête aux femmes. Certains de mes amis acteurs ne sont pas pris pour des rôles parce qu’ils ne sont pas beaux et musclés, il y a des injonctions pour eux aussi.» Sur son Instagram, on trouve quelques photos glamour sur des tapis rouges, mais surtout des selfies d’elle grimaçante. «J’ai toujours été comme ça, je viens d’une famille bruyante, où tout le monde chante, danse et rigole fort. L’image artificielle, ça m’angoisse.» Après la promo du blockbuster Black Widow, elle vise simplement les vacances. En famille, évidemment. 

Les Filles du docteur March de Greta Gerwig, Sony Pictures (2 h 15), sortie le 1er janvier
Image: Copyright Sony Pictures Releasing France

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