NOUVELLE STAR · Hélène Rosselet-Ruiz : « Ça m’a sauté à la gueule : l’obscénité d’un tel mode de vie, le niveau de richesse de ces familles »

Dans « Le Triangle d’or », son premier long haletant (en salles le 29 juillet), avec Malou Khebizi, Hélène Rosselet-Ruiz explore la lutte des classes à travers un prisme intime. En mai dernier, on a rencontré la réalisatrice autour d’une glace à Cannes, où le film était présenté en Séance spéciale dans la Sélection officielle.


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Hélène Rosselet-Ruiz à Cannes © Julien Liénard pour TROISCOULEURS

« Je n’étais jamais venue comme spectatrice à Cannes, parce qu’il faut se loger et que ça coûte cher. C’est génial de présenter son film ici. Et, en même temps, c’est un endroit plein de grandes contradictions. » On sent tout de suite qu’Hélène Rosselet-Ruiz a la tête bien faite et sur les épaules. Tout comme Laura, l’héroïne de son film Le Triangle d’or, incarnée par Malou Khebizi (toujours géniale), une jeune femme qui, pour gagner de l’argent en attendant d’intégrer l’armée, se met au service d’une riche Saoudienne (Soundos Mosbah).

En plus d’une certaine lucidité, c’est sa propre expérience que la réalisatrice trentenaire (qui a grandi à Clichy-sous-Bois et a étudié la réalisation à La Fémis) a prêtée au personnage de Laura. « Pendant mon cursus, j’ai fait des ménages pour une femme très riche, elle habitait dans l’avenue Foch, à Paris. Ça m’a sauté à la gueule : l’obscénité d’un tel mode de vie, le niveau de richesse de ces familles, qu’elles viennent du Golfe ou de l’aristocratie française. »

Le moment, aussi, d’une prise de conscience féministe chez elle : « Je me suis rendu compte, à 25 ans, que j’étais une femme et que cette condition-là avait influé sur tout mon parcours. Et, plus probablement, sur le sien. »

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Le Triangle d’or / Ad Vitam

Des réflexions qu’elle retranscrit avec acuité dans son film, un huis clos tendu et antispectaculaire, où l’on perçoit ses nobles influences cinéphiles : Laurent Cantet, Jean Renoir, ou encore celle du film tunisien Les Silences du palais de Moufida Tlatli (1994).

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Le Silence du palais / Trigon Films

Pour son prochain projet, la cinéaste tournera à nouveau avec Marie Rosselet-Ruiz, sa sœur jumelle, avec laquelle elle a déjà coécrit et coréalisé plusieurs courts métrages, dans lesquels elles ont souvent joué ensemble. « On y trouvera, évidemment, des questions d’argent, de sororité, mais c’est une comédie dramatique, une sorte d’autofiction tournée en équipe légère. Donc, ce sera vraiment un pas de côté. » La traversée des mondes semble bien lui réussir.