NOUVELLE STAR · Brieuc Schieb queerise le baptême de Clovis

Dans son court « La Tourbière » (2019) et son moyen métrage « Koban Louzoù » (2022), des communautés s’inventent sur des ruines. Entre réalisme magique vrillé et téléréalité en roue libre, son nouveau court, « 486 », présenté au festival Chéries-Chéris en novembre, queerise le baptême de Clovis.


Brieuc Schieb
© Romain Guédé pour TROISCOULEURS

« Puisque les droites s’approprient l’histoire dans des spectacles au Puy du Fou, pourquoi on ne pourrait pas, nous aussi, raconter un peu n’importe quoi ? » lance Brieuc Schieb. Pour nous, ce « n’importe quoi » est décisif, fondamental. Il vient fissurer tous ces récits lugubres pour en faire vivre d’autres, plus horizontaux, plus dingues et plus libres.

Passé par l’ENSAD et le Fresnoy l’artiste a grandi, imbibé de contes et de légendes bretonnes et cite Derek Jarman, Alice Brygo, ou Eduardo Williams comme sources d’inspiration. Quand il filme Clovis et ses copines en train de déterrer un cadavre dans 486, c’est tout sauf mortifère. Brieuc Schieb nous parle de maintenant, voire du futur. « J’avais cette image de mon amie Stella en Clovis, loin des représentations viriles, gauloises. »

C’est dans le jardin de ses grands-parents, là où, enfant, il bricolait des films avec ses cousins et cousines, que le cinéaste a imaginé les rituels de son génial péplum. C’est là, aussi, qu’il a chipé l’épouvantail au regard inquiet et au sourire crispé de Koban Louzoù, dans lequel il filmait en plans s’étirant jusqu’au malaise un petit chef sournois malmenant une communauté autogérée.

486
486 de Brieuc Schieb

Si ses films défendent le lien, le soin, la connexion, ils ne sont jamais des utopies naïves : ils observent comment les dynamiques de pouvoir se déplacent, se reconfigurent. Ce sont des uchronies nées de quelque chose d’un peu cassé, d’incertain : une mort précoce dans un groupe de vingtenaires des années 2000 dans La Tourbière, la chute de l’Empire romain dans 486. « Je suis très intéressé par l’idée que la tradition doit se transformer. En Bretagne, il y a un héritage animiste qui me touche et dont la jeunesse s’empare, un imaginaire archaïque mais libérateur – devant un feu pour le solstice d’été ou dans la boue devant un caisson de free party. » Brieuc Schieb nous transporte loin, dans des temps suspendus, forgeant de nouvelles mythologies, de nouvelles reliques qu’on serait fiers de réclamer.