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L’acteur français Michel Piccoli vient de nous quitter. On revient sur trois rôles de son immense carrière, dans lesquels il a pris un plaisir manifeste à se grimer.

On a appris en milieu de journée le décès de l’acteur Michel Piccoli, à l’âge de 94 ans. Lui qui s’était façonné, depuis 1945 (!) sur les planches et à l’écran, une hallucinante carrière au cours de laquelle il avait beaucoup joué des personnages d’hommes élégants en chemises blanches et costumes (Le Mépris de Jean-Luc Godard, Belle de jour et Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel, Milou en mai de Louis Malle ou encore chez Claude Sautet) avait parfois trouvé des rôles aux looks plus étonnants, lui permettant de montrer d’autres facettes de son jeu exceptionnel.

A lire : L’acteur Michel Piccoli est décédé à l’âge de 94 ans

 

Une chambre en ville de Jacques Demy (1982)

Costume vert bouteille, les cheveux et un collier de barbe teints en roux… Michel Piccoli n’a pas été gâté par Jacques Demy qui lui donnait cette allure de farfadet dans son opéra tragique sur fond de lutte des classes à Nantes. Dans un registre outré – ce qui n’est pas l’habitude de l’acteur plutôt dans la retenue – il incarne un vendeur de télés veule, lâche, impuissant, radin, jaloux et violent, délaissé par sa femme (Dominique Sanda), qui lui préfère un ouvrier nantais (Richard Berry) en lutte pendant les grèves de 1955. Déchaînant les plus viles passions à coups d’éructations baveuses, l’acteur se prête avec un apparent plaisir à la caricature sombre du petit bourgeois engoncé dans ses habitudes et sa fierté. Soit tout l’opposé du doux rêveur Monsieur Dame, le musicien nostalgique qu’il incarnait chez Demy en 1967 dans Les Demoiselles de Rochefort.

 

Mauvais Sang de Leos Carax (1986)

Dans le deuxième long métrage de Leos Caras, Michel Piccoli joue un gangster vieillissant et jaloux qui, pour rembourser une dette, embauche un prestidigitateur (Denis Lavant) afin de dérober un sérum contre une nouvelle maladie qui se transmettrait lors de relations sexuelles sans amour. Pas de relooking extrême de Piccoli pour l’intégrer dans l’univers étrange et stylisé de Carax, seulement des détails : des cheveux très blancs coupés ras, des yeux d’un noir de jais aux reflets rougeâtres, un charisme de taiseux, une attitude insondable et une propension à se mettre torse nu en toutes circonstances. Surtout dans une scène mémorable dans laquelle le mafieux et son associé expliquent le vol à venir au prestidigitateur, tous trois filant mi-nus en décapotable dans la nuit parisienne déserte. L’acteur réapparaîtra chez Leos Carax, toujours légèrement différent physiquement, dans le rôle de « l’homme à la tâche de vin » du film choral Holy Motors, en 2012.

 

Habemus Papam de Nanni Moretti (2011)

C’est l’un de ses tout derniers rôles en tête d’affiche, et assurément l’un de ses plus marquants. En 2011, sous la direction de Nanni Moretti, Michel Piccoli endosse la soutane du pape. Un choix qui surprend d’abord un peu, tant on a justement guère eu l’habitude de le voir en costumes autres que trois pièces, mais qui tombe vite sous le sens : quel autre acteur avait la stature, le talent et la densité de jeu nécessaire à un tel rôle ? D’autant qu’il s’agit pour lui ici de camper un pape anxieux et démissionnaire, écrasé sous le poids de son statut de star qui lui fait tout remettre en question. À l’arrivée, c’est peut-être le rôle qui s’approche le plus de l’image qu’on gardera de Michel Piccoli : un comédien plein d’humanité, drôle, humble, à l’intelligence vive et dont la sensibilité retenue est bouleversante.

 

Image de couverture : Habemus Papam © DR

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