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Alors qu’on entame véritablement l’année 2020, une évidence se dessine : pour mieux comprendre le monde qui nous entoure (le conservatisme de la société française, les enjeux de l’adoption, la misogynie dans le sport…) et pour être éblouis par de nouvelles expérimentations formelles et esthétiques, il faudra prêter une attention particulière aux documentaires (télévisuels ou cinématographiques). Pour vous aiguiller dans vos choix, voici la liste des dix docus (il a fallu trancher) qui sortent ou ressortent cette année et qu’on attend le plus : 

 

© Marie Losier, Ecce Films

FELIX IN WONDERLAND de Marie Losier

 

Après le dément Cassandro, The Exotico!, la cinéaste Marie Losier (qui réalise des films sur ses amis artistes comme les frères Kuchar, Guy Maddin, Peaches…) fait le portrait fantasque du musicien allemand Felix Kubin (vu au festival de Locarno 2019, le film sera projeté au F.A.M.E Festival du 12 au 16 février à la Gaîté Lyrique, la date de sortie est non communiquée). En agrégeant son imaginaire dada et bariolé à celui de l’artiste électro illuminé et porté sur les sons bizarroïdes, la réalisatrice compose un réjouissant manifeste pour le brouhaha – qu’on fait avec les bruits, qu’on fait avec les films. Felix Kubin nous apprend à aimer la dissonance quand Marie Losier donne une traduction visuelle bricolée à ses sons déviants.  – Q. G.

 

ADOPTÉ.E.S  d’Amandine Gay

En 2017, on avait été bouleversés et édifiés par son génial Ouvrir la voix, documentaire d’entretiens mettant en lumière les vécus et expériences de vingt-quatre femmes afro-descendantes francophones. Il est peu dire qu’on attend avec impatience le nouveau film de la réalisatrice, universitaire et militante afroféministe Amandine Gay, qui devrait être terminé au deuxième semestre 2020. Impulsé par sa propre histoire personnelle, composé des récits en voix off de cinq personnes adoptées et, à l’image, uniquement d’archives (photos, films et documents de famille, extraits d’émissions de télé, de films, coupures de presse…), il explorera les multiples enjeux de l’adoption internationale – géopolitiques, économiques, raciaux, sociaux, intimes… On devrait y retrouver le précieux mélange d’empathie, d’empowerment, et de rigueur cinéphile et intellectuelle qui caractérise le cinéma d’Amandine Gay. –  J. R.

© Ad Vitam

ADOLESCENTES de Sébastien Lifschitz

Avec sa caméra, le cinéaste français Sébastien Lifschitz, décidément très actif (lire ci-dessous), s’est régulièrement rendu à Brive pour tourner cette impressionnante chronique sur l’adolescence, découverte au FIFIB l’année dernière. Il y a suivi Anaïs et Emma, deux copines aux caractères et parcours différents (la première, venant d’un milieu populaire, est un cœur d’artichaut, tandis que la seconde, issue d’une famille plus aisée, affiche de savoureuses moues blasées), de leurs 13 à 18 ans. Sensible et organique, son film, en salles le 25 mars prochain, fait délicatement s’évaporer au fil des images et des saisons la légèreté des premiers instants. – J.L.

PETITE FILLE de Sébastien Lifshitz

 

Dans ses documentaires, Sébastien Lifshitz s’attache à composer des portraits sensibles de femmes à différentes périodes fatidiques de la vie. Celui par exemple d’une icône trans dans un film qui porte son nom, Bambi (2013), ou bien encore celui de la militante féministe Thérèse Clerc (2017), filmées toutes deux au troisième âge. Après Adolescentes dans lequel il suit deux copines (lire ci-dessus), on attend donc beaucoup Petite fille (présenté dans la section Panorama de la prochaine Berlinale, date de sortie non communiquée), qui s’annonce aussi poignant que politique. Lifshitz y accompagnera la famille de Sasha, petite fille trans de 8 ans, dans sa lutte contre les conservatismes et les assignations. – Q. G.

CAS NUMÉRO 1, CAS NUMÉRO 2 d’Abbas Kiarostami

 

Ce film peu vu du cinéaste iranien, sorti en 1979, ressortira en version restaurée pour la rétrospective et de l’exposition que lui consacrent mk2 et le Centre Pompidou du 3 avril au 21 juin. Kiarostami y pose une fiction : un professeur décide d’exclure sept élèves pour une semaine, sauf si quelqu’un dénonce celui qui a lancé le chahut dans la classe. Deux alternatives sont présentées : soit un des élèves balance, soit les enfants se couvrent mutuellement. Le cinéaste soumet la saynète à des représentants politiques et spirituels de cette année charnière pour l’Iran (1979 est l’année de la Révolution iranienne) et leur demande à quelle fin ils souscrivent. Une confrontation de points de vue qui anticipe l’air de rien toutes les déchirures politiques qui vont suivre. – Q.G.

 

BIRDS OF AMERICA de Jacques Loeille

Raconter une contre-histoire politique des Etats-Unis à travers l’extinction massive de ses oiseaux ? C’est le pari un peu fou de l’artiste contemporain Jacques Loeuille (aussi réalisateur du portrait filmé Marguerite Yourcenar, Alchimie du paysage en 2014), lauréat du Prix Coal Art et Environnement 2018 pour son installation multi-écrans Birds of America, dans laquelle il faisait dialoguer l’œuvre du peintre naturaliste français et pionnier de l’écologie John-James Audubon avec la dégradation de la biodiversité post-industrielle. Jacques Loeuille décline aujourd’hui ce projet dans un documentaire qui dressera le portrait de volatiles en voie de disparition ayant longtemps nourri le mythe de la nation américaine – comme le célèbre Bad Eagle, emblème conquérant menacé. Patience, ce film ambitieux est encore en montage, mais a tout pour attiser notre curiosité: une réflexion engagée sur nos modes de consommation destructeurs mêlée à une esthétique picturale et audacieuse. – L. A-S.

 

ROUBAIX, COMMISSARIAT CENTRAL : AFFAIRES COURANTES de Mosco Boucault

Mis à l’honneur à la mi-mars par le festival « Cinéma du réel », organisé par le Centre Pompidou, le grand réalisateur de documentaires Mosco Boucault (à qui on doit notamment Corleone : le parrain des parrains, portrait captivant du mafieux sicilien Salvatore Riina) présentera ce film qui a inspiré Arnaud Desplechin pour Roubaix, une lumière. Tourné entre 2001 et 2002 dans cette ville du nord gangrénée par la misère sociale et le crime, ce puissant docu, diffusé pour la première fois en 2008 sur France 3, nous infiltre au sein de la police locale. Celle-ci cherche à résoudre plusieurs affaires, dont un incendie et un meurtre qui ont mené aux auditions de deux femmes dirigeant les policiers vers des pistes divergentes… Cette fascinante enquête, qui pendant longtemps n’a été ni projetée, ni diffusée, est à (re)découvrir très bientôt à Pompidou.  – J.L.

Capture du trailer

BEASTIE BOYS STORY de Spike Jonze

On comprend pourquoi on n’entendait plus parler de Spike Jonze : celui-ci est retourné traîner avec les Beastie Boys, ses potes de longue date auxquels il consacre un documentaire à découvrir le 24 avril sur Apple+ TV. Quiconque a été biberonné à MTV sait que chaque collaboration entre le groupe de hip-hop et le réalisateur de Her fait des étincelles. Ce dernier a par exemple signé, en 2011, leur truculent clip  « Don’t Play No Game That I Can’t Win », avec ses inoubliables scènes de massacre entre figurines (des sortes d’Action Man qui veulent en découdre avec le reste du monde). On est donc impatients à l’idée de voir ce docu, dont la bande-annonce laisse deviner, sur un rythme frénétique, un savoureux mix entre trash, skate et expérimentations artistiques. – J.L.

 

© Aïda Dahmani (Yard)

FOOTEUSES  de Ryan Doubiago et Lyna Saoucha

 

Après Ballon sur le Bitume, qui explorait le phénomène du street-football francilien, le nouveau projet de YARD et MILES s’intéressera à la pratique des joueuses dans l’univers de ce sport majoritairement masculin et sexiste. Réalisé par le duo Ryan Doubiago et Lyna Saoucha, ce documentaire en forme de portrait collectif s’annonce aussi optimiste que solaire, donnant la parole à des amatrices déterminées, des footballeuses pro internationales (notamment Laure Boulleau, aujourd’hui coordinatrice sportive PSG féminin) mais aussi des supporters. Pourquoi on a hâte de le voir ? Parce qu’il risque bien de tordre le cou aux clichés habituels en faisant du foot un haut lieu de sororité.  Bonus : Aya Nakamura apparaîtra en guest. – L. A-S.

 

RETIENS LA NUIT de Simon Depardon, Arthur Verret et Baptiste Drouillac

En décembre 2017, la disparition de Johnny Hallyday a dévasté des milliers de fans. Certains d’entre eux ont voulu vivre ce deuil en communion, sous la lumière réconfortante des cierges de l’Église de la Madeleine, à Paris, qui organise une fois par mois une messe en hommage à l’idole des jeunes. Trois jeunes réalisateurs français ont rencontré ces blousons noirs pour tourner ce beau docu, repéré en janvier au festival Premiers Plans d’Angers. Entre karaokés enflammés, débats très sérieux sur le conflit entre Laeticia Hallyday et les enfants du taulier, manifs des Gilets Jaunes et moments solennels, le film – qui a été déprogrammé à la dernière minute du festival F.A.M.E. à cause d’un refus concernant les droits musicaux – ne méprise jamais cet attendrissant gang de motards tatoués, invisibilisés par la société, qui trouvent en Johnny un père, un ami, un protecteur leur permettant de ne plus être seuls. On prie le ciel (et Saint Johnny) pour que le film puisse être découvert par le plus grand nombre.   – J.L.

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