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Le réalisateur Monte Hellman (« Macadam à deux voies ») est décédé

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Méconnu du public et marginalisé en raison de ses échecs commerciaux, le cinéaste est décédé ce 20 avril à l’âge de 91 ans, laissant derrière lui des westerns inquiets d’une modernité folle, dont Tarantino et Gus Van Sant se revendiquent.

En 1971 sortait Macadam à deux voies, road-movie électrique qui revisitait à rebours l’Ouest américain des pionniers. Deux coureurs automobiles (James Taylor et Warren Oates) y trompaient leur ennui dans la fureur de la vitesse. Malgré la modernité et le nihilisme du film, qui préfigurait le Nouvel Hollywood, son réalisateur Monte Hellman resta dans l’oubli – jusqu’à ce que des cinéastes-cinéphiles comme Quentin Tarantino ou Sam Peckinpah réhabilitent son statut de précurseur.

Introduit à Hollywood à la fin des années 1950 chez Roger Corman, producteur qui découvrit aussi Francis Ford Coppola, ce Californien s’essaye d’abord à la parodie de film d’horreur avec Beast from Haunted Cave (1959), et enchaîne sur deux films de guerre, Back Door to Hell et Flight to Fury, avec Jack Nicholson. En collaboration avec l’acteur, Monte Hellman écrit ensuite deux westerns, The Shooting (1966), sur deux cow-boys qui escortent une mystérieuse jeune femme en échange d’une prime, et L’Ouragan de la Vengeance (1965), l’histoire de trois hommes poursuivis par une milice civile auto proclamée. Un diptyque qui réinvente le genre, explose ses codes traditionnels pour imposer une vision du monde absurde.

L’engouement pour la conquête de la Frontière s’est muée en traversée existentielle du désert, que Monte Hellman figure par des effets de style sidérants – de longs silences, une esthétique du vide, un refus de psychologisation des personnages. Après Macadam à deux voies, ultime pied de nez aux mythes bétonnés de l’Amérique toute-puissante, le désamour du public pour les films de Monte Hellman le pousse à tourner de moins en moins. Ce grand admirateur de littérature (En attendant Godot de Samuel Beckett était son livre de chevet) et du Nouveau Roman, très influencé par la philosophie européenne, réalise en 1974 Cockfighter, sur un loser mutique fan des combats de coqs. Suivra China 9, Liberty 37 (1978), un dernier western tourné sous l’égide de Sam Peckinpah. Son ultime film, Road to Nowhere (2011), est un labyrinthique polar en forme de mise en abyme, dans lequel un réalisateur perd pied avec la réalité, et dont le titre plein de vacuité (littéralement « route en direction de nulle part ») incarne tous les enjeux du cinéma malheureusement trop oublié de Monte Hellman.

Image : Copyright D.R

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