
Fiche métier
Le conseiller militaire est impliqué de la préproduction à la fin de la production d’un film. Il annote les scénarios, rédige des bibles destinées aux décorateurs, aux costumiers et aux armuriers. Sur les plus gros projets, il supervise les entraînements avec les acteurs principaux et les figurants afin qu’ils sachent marcher au pas, manier une arme, etc. Il lui arrive aussi de donner des conseils sur le son et de doubler des voix.
Quel est votre parcours ?
J’ai servi pendant vingt-quatre ans dans l’armée britannique. Je n’ai pas reçu beaucoup d’éducation, j’ai grandi dans le sud-est de Londres. Quand j’ai quitté l’armée, j’ai été garde du corps, j’ai fait de la surveillance, le genre de boulot que l’on obtient avec mon parcours.
Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler pour le cinéma ?
Par erreur. J’étais entre deux boulots quand un ami m’a envoyé une annonce : on cherchait d’anciens soldats pour jouer dans un film de George Clooney, Monuments Men. J’y suis allé à contrecœur : je n’avais pas très envie de jouer de nouveau le soldat. Alors que nous tournions une scène, j’ai remarqué que des comédiens, supposés être des militaires, faisaient un truc absurde. Comme je ne connaissais rien au protocole du cinéma et qu’en vérité je n’en avais rien à faire, j’ai directement interpellé Clooney.
Alors que vous étiez figurant ?!
Oui ! Tout le monde pensait que j’allais être viré. Mais Clooney a apprécié ma remarque et a continué à me solliciter. Mieux encore : il m’a ensuite coopté pour que je m’occupe des entraînements militaires du film de guerre Fury, avec Brad Pitt. Ma carrière était lancée. Le souci, c’est que je ne connaissais rien au cinéma. Mais j’ai découvert que travailler sur un tournage est très proche de la vie dans l’armée. La logistique et le poids de la hiérarchie y sont extrêmement similaires. Et, dans l’armée comme au cinéma, vous devez composer avec de très gros ego : il faut savoir être diplomate. Faire croire à votre supérieur que votre idée est la sienne, par exemple.
Il est logique d’avoir un conseiller militaire sur un film de guerre. Mais que faites-vous sur un projet de fantasy comme la série cinématographique du Seigneur des anneaux, ou sur un film de science-fiction comme Projet dernière chance ?
Dès qu’il y a un élément lié à l’armée ou une scène de combat dans un de ces scénarios, je peux m’impliquer. La seule différence est que je mélange plusieurs traditions militaires pour en créer une nouvelle, adaptée à l’univers et aux personnages. Dans le cas de certains films d’anticipation, je fais des recherches sur ce que pourraient être les évolutions militaires à venir. Et s’il y a de grandes scènes de bataille, j’aide à leur mise en place, notamment en ce qui concerne les tactiques. Cela dit, je pense qu’il y a quelque chose d’universel dans la façon dont un être humain appréhende un champ de bataille : les armes peuvent changer. Mais le comportement humain, la peur, l’instinct de survie, l’humour aussi restent et resteront toujours les mêmes.
Projet dernière chance de Phil Lord et Christopher Miller, Sony Pictures (2 h 36), sortie le 18 mars.