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Jean-Pascal Zadi : « Mon film n’est peut-être pas compatible avec le prime-time de TF1, mais tant mieux. »

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À l’occasion de la sortie de « Tout simplement Noir », le 8 juillet, l’ex-rappeur, révélé au grand public sur Canal + avec sa pastille culte « C koi les bayes ? » nous raconte le fragile et passionnant équilibre à trouver entre l’humour et l’engagement.

On pensait que seuls les Américains savaient faire ça. De la comédie populaire et politique à la fois, capable de lier ensemble le gag et l’esprit critique. C’est peu dire donc que l’arrivée de Tout Simplement Noir, vrai-faux documentaire tordant de et avec Jean-Pascal Zadi sur la création d’une « marche noire » – prétexte pour interroger la place de la communauté noire en France – va faire autant de bien à l’époque qu’au cinéma français.Entretien avec son réalisateur.

Dans le cinéma français, Tout simplement Noir ne correspond à aucune case. Comment vous définiriez ce type de comédie ?

Ah c’est la question relou, là ! (rires) En fait, je crois que c’est une comédie qui montre que la réalité est drôle. Il suffit de se poser les bonnes questions. C’est pour ça qu’on a choisi la forme du faux-documentaire. C’est une comédie qui a un truc à dire. Mais, même s’il y a des sujets très importants dans le film comme l’identité, le racisme, le communautarisme, la transmission à l’enfant, c’est avant tout une comédie. La comédie n’est pas un prétexte. J’ai envie de faire marrer les gens avant tout. Et si en même temps, ils se posent des questions et que ça les fait réfléchir, c’est mieux.

Ça veut dire que c’est le gag, la vanne qui a dirigé l’écriture plutôt que le propos ?

Non, au contraire. Il fallait absolument qu’on soit sûr de ce qu’on voulait raconter, quels problèmes on voulait aborder pour pouvoir ensuite trouver le moyen de s’en marrer. Une fois que tu sais où tu vas, que t’es sûr de ce que tu veux défendre, c’est là où tu peux trouver le moyen d’y arriver. Et pour moi, le meilleur moyen c’est la comédie. On a défini les grands thèmes de chaque séquence, les grandes idées qu’on peut avoir sur l’identité noire, les polémiques qu’il y a parfois, les clichés qui vont avec et on a essayé de trouver un moyen de tout remettre en question par l’humour. C’est quoi l’identité métis, par exemple ? Ça veut dire quoi ? On est reparti des clichés, des façons qu’on a tous de tout mettre dans des cases, pour s’en moquer…

Vous convoquez dans le film plein de personnalités qui jouent leur propre rôle avec beaucoup d’auto-dérision. Comment on intègre la réalité, ces personnalités, dans un processus comique ?

Le fait qu’à l’écran on ait Joey Starr, Eric Judor, Fary, Lucien Jean-Baptiste, Claudia Tagbo, Stéfi Celma et tous les autres, tout d’un coup ça donne l’impression qu’on est dans la réalité. Chaque scène était structurée, avec le sujet abordé, quelques répliques fortes, et la chute. Mais le reste s’est beaucoup fait sur le tournage, en réaction. Pour que l’improvisation marche, il fallait surtout bétonner l’écriture de mon personnage. Et après, on a laissé chacun amener son truc à lui. Il n’y a qu’Eric Judor pour savoir comment être Eric Judor à l’écran…

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Qu’est-ce que vous avez en commun avec le Jean-Pascal Zadi du film ?

Mon personnage, c’est un vrai personnage de comédie. Il est à la fois candide et hautain. Soit la pire des combinaisons. Il ne sait rien mais il croit qu’il sait. On en connait tous un… Ces mecs qui disent toujours ce qu’il ne faut pas dire, qui ne connaissent pas les limites et qui gueulent plus fort que tout le monde. Sous prétexte qu’il défend une cause noble, il pense qu’il est au-dessus des autres et qu’il peut tout dire… Et en même temps, il se prend plein de claques dans la gueule mais il avance, il continue. Ça le rend touchant. C’est une version très exagérée de moi, je crois. Sur le plateau, le coréalisateur du film, John Wax, et les producteurs me mettaient des stop à chaque fois que je me prenais pour un comédien. « Ne joue pas, ne cherche pas à créer un personnage. Sois juste la pire version de toi-même ! » (rires) Franchement, je crois que j’ai tout donné là-dessus.

 

Bien qu’insupportable et très maladroit, votre personnage défend des idées importantes… Pourtant, il fait face à une certaine hostilité et à plein de paradoxes…

Oui et ça, ça me plaisait beaucoup. Parce qu’au fond, aujourd’hui quand tu veux défendre une cause, quand tu t’engages, les gens attendent de toi que tu sois parfait. Les gens sont très durs, très critiques, envers ceux qui prennent la parole publiquement. C’est chaud d’être politicien ou militant aujourd’hui. Les gens imaginent que tu es forcément un modèle alors que tu veux simplement faire bouger les choses. J’aime bien l’idée que mon personnage ne soit pas du tout un modèle. Il a les meilleures intentions du monde mais il ne sait pas écouter les autres vu qu’il parle tout le temps plus fort qu’eux.

Ça c’est vraiment dans l’air du temps du militantisme 2.0. Les grandes causes, les grands problèmes – parce que oui la représentation des Noirs en France c’est un vrai souci – servent à certains à alimenter leur petit ego. Mon personnage est sur le fil. A la fois sincère et complètement attiré par la lumière. C’est un film sur une forme d’hypocrisie, un truc qu’on vit tous. On est à la fois pleins de grandes idées humanistes et en même temps, on a plein de préjugés et de clichés dans la tête. Moi je défends la nuance. Ce n’est pas parce que mon personnage est un peu con et qu’il aime se mettre en avant, que ce qu’il défend n’est pas juste. Rien n’est simple et encore moins les gens. A travers ce personnage, on raconte aussi un état des lieux de la France et le manque de représentation des noirs dans l’espace public. Plus mon personnage croit avoir toutes les réponses, plus je crois qu’on se pose, nous, les bonnes questions.

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Est-ce que quand on fait une comédie nuancée, qui plus est politique, on prend le risque de ne pas plaire à tout le monde ?

Il serait temps de faire un peu appel à l’intelligence des gens. Ça me gonfle tous ces films qui prennent les gens par la main et qui leur montrent exactement ce qu’ils veulent voir. La comédie en France a souvent peur de la nuance. C’est beaucoup de caricature. Alors certes, mon film n’est peut-être pas compatible avec le prime-time de TF1 mais tant mieux. Je suis sûr qu’il y a des gens qui vont penser que, parce qu’il y a le mot « noir » dans le titre, c’est un film communautariste. Mais quand Guillaume Canet fait des films avec que des Blancs, ça ne gêne personne – et moi le premier. Alors je ne vois pas pourquoi le fait qu’il n’y ait que des Noirs dans mon film serait plus communautariste.

C’est un film tout aussi français que Les Petits Mouchoirs. Il y a des Noirs en France qui ont des histoires à raconter et elles s’adressent à tout le monde. Cette question du communautarisme, du militantisme, de l’identité, trouver sa place dans la société, ça s’adresse à tout le monde. On pourrait faire le même film avec un personnage juif, arabe, homosexuel ou tout un tas d’autres cases. Pour moi c’est un film profondément français, un film sur l’art de se prendre la tête, de gueuler, de jamais être d’accord, de discuter tout. On ne peut pas faire plus français que ça !

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Tout simplement noir, de Jean-Pascal Zadi, Gaumont. Au cinéma le 8 juillet

 

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