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[FLASH-BACK] « Gazon Maudit » de Josiane Balasko fête ses 25 ans

Il y a vingt-cinq ans, la comédie de Josiane Balasko sur l’homosexualité féminine sortait au cinéma. Comment ce projet iconoclaste et moderne a-t-il vu le jour ? Réponse avec l’actrice-réalisatrice-scénariste.

Le 8 février 1995, la sortie de Gazon maudit faisait souffler un vent nouveau sur l’Hexagone. «Aucun film populaire n’avait encore mis en scène de lesbienne comme personnage principal. Les hommes avaient eu droit aux Garçons de la bande (William Friedkin, 1972) ou à La Cage aux folles (Édouard Molinaro, 1978), mais l’homosexualité féminine n’était jamais représentée. L’envie est d’abord venue de ce manque», explique aujourd’hui Josiane Balasko, coscénariste et réalisatrice de cette comédie dans laquelle elle incarne Marie-Jo, une femme de passage dans le sud de la France qui séduit Loli (Victoria Abril), mère de famille mariée à un homme infidèle (Alain Chabat), lequel va devoir accepter un ménage à trois. «Je me suis inspirée d’une histoire qui était arrivée à des gens que je connaissais vaguement. Et je voulais jouer une lesbienne sympa et attachante.» Gazon maudit abordait ainsi positivement des sujets modernes et engagés comme le polyamour ou l’homoparentalité.

«Je crois que les producteurs ne se rendaient pas compte de ce qu’ils produisaient. Claude Berri, un type formidable, m’avait fait entièrement confiance, mais il s’attendait sûrement à une comédie pleine de grosses ficelles. Tout le monde fut finalement très heureux du succès public et des bonnes critiques.» Avec près de 4 millions d’entrées, le film témoigne d’un temps où il n’était pas rare de voir triompher au box-office des comédies réalisées par des femmes (tel La Crise, de Coline Serreau, sorti fin 1992). «Il y a beaucoup de réalisatrices en France, on est plutôt gâtées de ce côté-là. Mais tout était plus simple à l’époque, on vendait un projet en le racontant à un repas, alors qu’un film doit aujourd’hui être validé par une armée d’intervenants. » L’impact de Gazon maudit – César 1996 du meilleur scénario – reste encore perceptible. «Des filles me disent parfois que le film les a aidées à faire leur coming out. C’était une période où on pouvait raconter des histoires inspirantes sans trop être emmerdées par les financiers. »
 

Texte : Damien Leblanc

Illustration : ANNA WANDA GOGUSEY