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Fatima Al Qadiri parle de la BO magnétique d’Atlantique

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Grand prix à Cannes, Atlantique, le premier film de Mati Diop est un conte à la lisière du surnaturel et de la chronique sociale, à travers lequel la cinéaste dresse le portrait d’une jeune Darakoise à la recherche de son amant, disparu subitement en mer. Pour donner une partition à ce récit d’exil magnétique, la réalisatrice a fait appel à la compositrice de musique électronique Fatima Al Qadiri, dont la bande-son métallique et onirique aux inspirations futuristes semble tout droit sortie des abîmes de la mer. 

En quoi le cinéma à la fois engagé et formaliste de Mati Diop faisait écho à votre sensibilité musicale ? 

Atlantique condense un tas de sujets qui m’obsédaient depuis longtemps. La migration, les Djiin [des créatures magiques et invisibles issues de légendes pré-islamiques et présentées dans le Coran comme des êtres maléfiques], l’amour interdit, les mariages arrangés, l’émancipation mais aussi toute cette atmosphère de peur dans lequel le film baigne… Je pense que Mati Diop savait à l’avance, en écoutant mes précédents disques, que son film et ma musique fonctionneraient bien ensemble. Surtout que j’improvise ma musique en partant de l’image, donc le mélange entre réalisme et climat surnaturel s’est imposé naturellement lors de la composition de la bande-originale.

Atlantique est aussi une histoire d’amour habitée de fantômes. De votre côté, vous avez opté pour des chansons épurées, sans paroles. Comment avez-vous pensé cette imbrication entre sensualité, minimalisme et fantastique ?

Mati Diop et moi avons beaucoup réfléchi à la façon de recréer cette sensation très primaire des Djiin prenant possession des corps des personnages. Elle voulait que cela « sonne comme si ça venait du fond de la mer, des abîmes ». En ce qui concerne la sensualité, je pense que ma musique en général est imprégnée de désir, qu’il soit physique ou psychologique. Il m’intéresse particulièrement lorsqu’il concerne un amour interdit – ce qui est le cas d’Ada et Souleiman, les deux personnages principaux du film. Mati m’a aiguillée pour aller vers plus de minimalisme, elle ne voulait pas que la musique submerge les personnages. En plus, mes compositions sont essentiellement instrumentales, et l’ambiance du film se prêtait à cette économie, contrairement à la musique orchestrale qui créé une impression de saturation dans beaucoup de films.

Mati Diop filme l’océan plusieurs fois, toujours sous différentes nuances ou différents angles. Que vous évoquent ces plans, vous qui êtes née à Dakar, lieu où se passe l’intrigue ?

Je suis à la fois complètement émerveillée et terrorisée par la mer. J’ai grandi au Koweït, un État côtier où la mer est chaude et immense, donc je me sens très liée à ces paysages marins, ils sont comme une maison. Mais comme j’ai quitté Dakar à l’âge de deux ans, je ne me souvenais malheureusement pas de la ville. Je me suis donc surtout inspirée des images du film, mais aussi des souvenirs de mes parents et des photos de mon enfance pour m’imprégner de l’atmosphère du lieu. 

Photographie: Dom Smith