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[CRITIQUE] : « Chambre 212 », une comédie ludique et émouvante de Christophe Honoré

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Un an après Plaire, aimer et courir vite, le prolifique Christophe Honoré faisait son retour en mai à Cannes, cette fois hors Compétition, avec Chambre 212, une œuvre faussement mineure dont la rapidité d’exécution n’a d’égal que le charme.

Une des lignées dans lesquelles s’inscrit Christophe Honoré est celle des « cinéastes de chambre » – Ingmar Bergman, Philippe Garrel, Jacques Doillon –, adeptes des règlements de comptes intimes, des cris et chuchotements en espace confiné. Il applique ici la formule en la tordant à l’extrême. À la suite d’une dispute avec son mari, Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte l’appartement conjugal pour passer la nuit dans une chambre de l’hôtel situé en face. Là, elle voit débarquer des personnages qui vont l’aider – ou pas – à établir un diagnostic sur sa vie de couple : le premier amour de Richard (Camille Cottin), mais aussi Richard lui-même à l’âge de 25 ans (Vincent Lacoste), sa défunte mère ou encore un homme qui se présente comme étant… sa volonté ! La drôlerie des dialogues et des situations a parfois des accents boulevardiers, sauf que le placard ne renferme pas seulement un amant mais une bonne dizaine, et que surtout des cadavres et des fantômes en surgissent.

De nouvelles références viennent à l’esprit (Alain Resnais pour le travail sur la mémoire, Bertrand Blier pour l’absurde), et on ne les chassera pas, car Honoré a lui-même toujours salué les créateurs qui l’ont aidé à se construire, comme on a pu le vérifier dans Les Idoles, son succès théâtral de l’hiver dernier. C’est d’ailleurs un des beaux sujets du film : que faire de tout ce que l’on trimballe avec soi, les êtres que l’on a aimés, le souvenir de ce que l’on a été, les artistes qui nous ont émus ? (Ce n’est pas un hasard si l’appartement de Richard et Maria est situé au-dessus d’une salle de cinéma, jolie idée.) Enfin, si Christophe Honoré est tout sauf un réalisateur ingrat, on doit à notre tour lui être reconnaissants. Car, au-delà de son caractère ludique dans la forme et émouvant sur le fond, Chambre 212 est aussi, dix ans après Non ma fille tu n’iras pas danser, un nouveau portrait de Chiara Mastroianni – sa fantaisie et son sourire mélancolique font ici encore une fois merveille. Le cinéma français devrait accorder plus de place à cette actrice bien-aimée.

–> A lire aussi notre entretien de Chiara Mastroianni

Chambre 212 de Christophe Honoré, Memento Films Distribution (1h30), sortie le 9 octobre

Image : Copyright Jean Louis Fernandez

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