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[CRITIQUE] « Brooklyn Secret », l’éblouissant drame new-yorkais d’Isabel Sandoval

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Auréolé du Grand Prix du festival LGBTQ+ Chéries-Chéris en novembre dernier, cet éblouissant drame new-yorkais est le grand œuvre de la cinéaste trans Isabel Sandoval, qui l’a écrit, réalisé, monté et qui en tient le rôle principal.

Nichée dans sa chambrette à Brooklyn, Olivia, immigrée philippine trans, vit dans la peur d’être expulsée des États-Unis depuis la récente élection de Donald Trump. Employée comme aide-soignante auprès d’une vieille dame, elle est censée organiser son mariage blanc avec un Américain…

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S’inspirant librement du vécu de la cinéaste, Brooklyn Secret est pourtant loin du portrait autocentré ; au contraire, Isabel Sandoval est sublimée par le regard de l’autre, qu’elle sublime à son tour – le film est truffé de délicieux seconds rôles. La langueur singulière de la mise en scène parachève l’intrigue qui, sous ses airs de bluette sur la condition des immigrés, raconte la réappropriation de son corps, de ses désirs, par le prisme d’une quête d’identités, nationale et sexuelle.

Il y a quelque chose de profondément sensuel dans le regard que la cinéaste pose sur New York, de ces vues du métro aux larges boulevards vides, concomitant avec l’intériorité d’Olivia à tel point que la ville, pourtant filmée mille fois, nous semble vierge. La générosité du film n’a d’égal que sa grande amplitude, laissant une place inespérée aux temps d’arrêt, aux respirations comme aux déambulations des personnages. Lumineux, Brooklyn Secret l’est parce qu’il ne cède ni au misérabilisme ni aux raccourcis liés à la transidentité ; le monde et ceux qui gravitent autour sont d’une ambivalence intangible qu’on doit aux détails signifiants qu’en capte, à force de patience, la cinéaste.

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Lorsqu’Olivia fantasme sur le petit-fils de la femme dont elle s’occupe, Alex (majestueux Eamon Farren, aperçu dans Twin Peaks. The Return), la sophistication du montage, sans en accélérer le rythme, nous fait ressentir les vibrations du corps – confirmant que le « secret » du film, moins évident qu’il n’y paraît, est peut-être celui de cet amour déraisonné entre Olivia et Alex. Deux êtres avalés par la Grosse Pomme et sauvés de leur solitude par une romance brûlante, à l’ombre des buildings.

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