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Alors que les 12 nominations et les 3 récompenses du J’accuse de Roman Polanski ont été au cœur des polémiques et réactions depuis la cérémonie de vendredi dernier, explications sur un système de vote lui même objet de débats.

  • Comment se fait la sélection ? 

La désignation des candidats se fait en deux temps : un premier tour permet de sélectionner les nommés, un second de désigner les lauréats. Pour être éligible au premier tour, un film doit remplir les conditions suivantes : être sorti entre le 1er janvier et le 31 décembre de l’année précédente ; être sorti dans au moins une salle de cinéma du secteur commercial de la région parisienne, pendant cette même période ; avoir fait l’objet d’une exploitation commerciale pendant au moins une semaine consécutive dans cette salle et détenir un visa d’exploitation du Ministère de la Culture. Sa production doit être française à hauteur de 70%, « quelle que soit la langue de tournage« .

Comme le stipule le site officiel de l’Académie, cette année, 633 films (220 films éligibles au César du Meilleur Film, 377 films éligibles au César du Meilleur Film Etranger et 36 Courts-Métrages) et 2 745 personnes pouvaient être sélectionnés pour figurer parmi les nommés.

À l’issue du premier tour, qui s’est tenu cette année du 2 au 28 janvier, les votants ont désigné les nominations pour chacune des 21 catégories. Rendus publics lors d’une conférence de presse, les nommés sont alors soumis à un second vote, qui se fait en ligne ou par correspondance, au terme duquel sont désignés les lauréats.

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  • Qui peut voter? 

Voici ce qu’indiquent les documents officiels de l’Académie: « Peuvent être membres de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma tous les professionnels du cinéma français ayant expressément fait la demande par écrit auprès du Secrétariat de l’Association pour la Promotion du Cinéma, dont la candidature est soutenue par au moins deux parrains membres de l’Académie ». Toutefois, il faut respecter de nombreux critères pour postuler.

Tous les postulants doivent envoyer une lettre de candidature, un CV, et obtenir deux lettres de parrainage des membres de l’Académie. L’Académie est divisée en neuf collèges répartis par corps de métier (30% de techniciens, 16% de réalisateurs, 16% de producteurs, 14% d’acteurs), chaque postulant doit spécifier quel collège il veut rejoindre. Chaque corps de métier présente des critères spécifiques. Un acteur doit par exemple avoir « joué des rôles significatifs dans les cinq années précédant sa demande d’admission », dans au moins cinq long-métrages éligibles au César du meilleur film. Pour être « membre actif de l’Académie », il faut également s’être acquitté d’une cotisation annuelle d’un montant de 70 euros.

  • La question de l’anonymat 

Le processus de désignation des membres comme celui de l’élection des lauréats se fait avec la garantie d’anonymat. L’identité des 4 313 électeurs inscrits pour les César 2020 est strictement confidentielle – et ce afin d’éviter toute collusion ou conflit d’intérêt, comme le stipule le site de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma : « Afin d’éviter tout contact direct entre les ayants droits et les membres de l’Académie, la liste des membres est statutairement confidentielle ». De la même façon, les votes du second tour sont dépouillés à huis clos, les résultats contrôlés par des huissiers, avec la garantie que les suffrages resteront secrets.

Pourquoi les votants tiennent-ils tant à cet anonymat ? Interviewés par 20 Minutes, plusieurs membres de l’Académie témoignent anonymement d’une forme de contrainte : « Cela évite les pressions trop directes de la part des responsables des films », reconnaît un distributeur. »  « Et ça limite aussi les engueulades si on ne vote pas pour ses copains », ajoute cette même source.

  • La question de l’égalité des chances

Afin que les membres puissent voter dans des conditions optimales, plusieurs dispositifs de visionnage des films sont mis à leur disposition: un Guide Film présentant l’ensemble des personnes et des films éligibles aux différentes catégories, un coffret DVD des Césars leur est également envoyé, des projections de rattrapage sont organisées…Or si le coffret, créé en 2005 pour l’édition 2006, permet aux oeuvres de gagner en visibilité et d’optimiser leur chance d’être nommées, beaucoup de petits producteurs n’ont pas les moyens d’y faire figurer leurs films. L’Académie réclame aux producteurs une somme de 7 000 euros pour apparaître dedans. Dans une enquête réalisée par Les Inrocks en 2017, plusieurs d’entre eux qualifiaient ce coût de « dîme », d’investissement exagérément onéreux : « Il s’agit d’un impôt injuste qui est prélevé par l’Académie, tout ça parce que les professionnels ne font pas leur travail en n’allant pas voir les films en salle […] Quand on est un petit producteur, payer cette somme pour participer à une loterie où nous sommes également sûrs de perdre est absurde », expliquait le producteur de La Mort de Louis XIV, Thierry Lounas, qui a choisi de ne pas la payer.

Conséquence : les votants n’ont pas accès à tous les films, les œuvres ne concourent pas avec les mêmes chances; surtout que beaucoup de votants ne s’expriment qu’au second tour, comme l’explique la productrice Michèle Halberstadt (Mauvaise Fille ; Augustine ;This Must be The Place) à Slate : « Ce n’est pas normal qu’on puisse voter pour le second tour [sans avoir voté] pour le premier, il faut s’impliquer pour le premier et ça prend beaucoup plus de temps. » Ce système profiterait ainsi aux films les plus médiatisés, qui ont plus de chances de se retrouver au second tour, et donc de remporter un maximum de prix. Un reproche dont l’Académie s’est défendue en précisant qu’il serait anti-démocratique de forcer les gens à voter aux deux tours.

Rappelons enfin qu’au delà du système de vote, c’est l’institution elle même qui est objet de débat après que le conseil d’administration de l’Association pour la promotion du cinéma a pris la décision à l’unanimité de démissionner. C’est la productrice Margaret Menegoz qui remplace provisoirement Alain Terzian, dans l’attente d’une assemblée générale extraordinaire organisée le 20 avril prochain avec les 47 membres de l’Association, élus par leurs pairs pour une période de cinq ans, et dont font notamment parti Juliette Binoche, Tonie Marshall et Bertrand Blier (la liste complète est disponible ici). Une nouvelle assemblée se tiendra cet été pour élire un « conseil d’administration dont la composition devra être conforme aux principes de représentativité, de diversité et de parité, garantis par les nouveaux statuts ».

Image: Capture d’écran Youtube

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