CANNES 2026 · “La deuxième fille” de Zou Jing, un coming-of-age étincelant

Révélée en 2021 par son court métrage Lili, toute seule, Zou Jing retrouve la Semaine de la Critique du Festival de Cannes avec « La deuxième fille » (Wu ming nü hai), un premier long éblouissant. Porté par une photographie et une mise en scène somptueuses, ce récit délicat de passage à l’âge adulte suit, de l’enfance à sa majorité, une jeune fille abandonnée à plusieurs reprises.


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"La deuxième fille" (c) Pyramide Distribution

Phénomène social majeur en Chine dans les années 1980 et 1990, l’abandon de fillettes par leur famille a privé de repères et d’amour une génération sacrifiée. Préférant se séparer de leur deuxième enfant s’il s’agissait à nouveau d’une fille, de nombreux parents ont fait le choix de la confier à un autre foyer. 

Frappée dès son plus jeune âge par cette rupture déchirante, Wang Juan perd une nouvelle fois toute attache quand sa mère adoptive décide de s’en séparer, estimant qu’elle n’a plus les moyens de s’en occuper. Elle la confie à un jeune couple, dont l’épouse tente de lui apporter un semblant de cadre et d’affection.

C’est d’abord la beauté des plans qui subjugue. Filmée caméra à l’épaule, tantôt du point de vue de l’enfant, tantôt en léger surplomb ou en subtile contre-plongée, cette Chine rurale est le terrain de jeu d’une jeune fille qu’on imagine d’abord heureuse, avant de déchanter. Aussi inventive et soignée que la photographie, la mise en scène joue avec l’idée du mouvement perpétuel auquel est soumise Wang Juan. Privée d’ancrage, obligée de changer à nouveau de nom quand sa mère biologique décide de la récupérer à l’adolescence, elle trouve dans la danse une façon de construire ses propres repères.

Dans le rôle de cette enfant ballottée, Cao Ruofan retranscrit à merveille ce mélange d’insouciance propre à son jeune âge, de tristesse rentrée et de résilience face à ce destin tragique. Comment Wang Juan peut-elle trouver son étoile sur ce chemin éclairé par une lueur maternelle vacillante ? C’est tout l’enjeu de ce récit à la fois cruel et teinté d’espoir. La lumière viendra un temps de l’amitié, avant de finalement surgir du crépuscule.

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