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Scène culte : « Boulevard du crépuscule » de Billy Wilder fête ses 70 ans

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Scénariste aux abois, Joe Gillis (William Holden), rencontre Norma Desmond (Gloria Swanson), ex-star du muet qui vit recluse dans sa villa. Par appât du gain, il accepte de retravailler le script que celle-ci a écrit pour faire son come-back. Critique virtuose et implacable des rouages de Hollywood, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, sorti en août 1950 aux États-Unis, est l’un des premiers métafilms de l’histoire et fête ces jours-ci ses 70 ans…

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Les acteurs y incarnent des personnages inspirés par eux-mêmes, quand ils ne jouent pas leur propre rôle (Cecil B. DeMille, Buster Keaton…), et la dramaturgie entière carbure aux résonances/dissonances entre réalité et fiction. Comme dans cette scène, aussi brève que vertigineuse, dans laquelle Norma montre à Joe un film de ses années de gloire. Le montage alterne plans sur les deux spectateurs et sur l’écran, avec un insert sur Max, le majordome (Erich von Stroheim), qui fait office de projectionniste et apparaît furtivement derrière le rideau, comme rongé par la pénombre.

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Le film projeté n’est autre que La Reine Kelly (1932), qui signa la déchéance de Stroheim en tant que réalisateur et faillit ruiner la carrière de Swanson. Wilder va jusqu’à montrer un carton à l’écran, afin de décupler le trouble entre niveaux de représentation. « Chasse ce méchant rêve qui envahit mon cœur », prie la jeune reine Norma, tandis que son double usé et amer peste contre l’aveuglement des producteurs qui l’ont oubliée. « Je reviendrai, je leur montrerai ! » s’exclame-t-elle en prenant une pose théâtrale, main crispée sur son illusion, figeant son visage dans la lumière blême du projecteur. Le méchant rêve aura bientôt raison de ce qui reste de son cœur. Loin des autocitations ironiques qui épuisent le cinéma actuel, Boulevard du crépuscule révèle, par son dispositif, inégalé, la tragédie (et la farce) des destins brisés de Hollywood.

Le film est actuellement visible sur OCS et sur Canal VOD.

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