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Vu à Venise 2022 : « Master Gardener » de Paul Schrader

  • Corentin Lê
  • 2022-09-03

Avec « Master Gardener », où les jardins botaniques remplacent les casinos luminescents de « The Card Counter », l’abrasif Paul Schrader livre un nouveau vigilante movie existentiel qui confirme la bonne dynamique de son cinéma.

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Après First Reformed (2017) et The Card Counter (2021), tous deux présentés à la Mostra, Paul Schrader semble avoir établi ses quartiers à Venise pour accompagner chaque nouvel épisode de ce qui s’affirme désormais comme une période à part entière de son œuvre (récompensée cette année d'un Lion d'or d'honneur). Et pour cause : si The Card Counter, avec son ex-geôlier devenu joueur de cartes à la discipline monacale, ressemblait déjà à une variation du très bressonien First Reformed, Master Gardener apparaît comme un film jumeau de The Card Counter.

L’ascétique Narvel Roth (Joel Edgerton) tente de vivre avec son passé de néo-nazi en entretenant le jardin d’une riche propriétaire (Sigourney Weaver), puis prend sous son aile une jeune afro-américaine, Maya (Quintessa Swindell), pour lui apprendre la botanique et l’aider à sortir de la drogue. L’art méticuleux du jardinage y remplace le jeu de carte comme métaphore de la mise en scène, tandis que la figure obsessionnelle du jardinier se substitue à celle du joueur calculateur en tant que double de Schrader, avec encore une fois un personnage principal qui, retranché comme un scénariste solitaire, rédige chaque soir quelques notes existentielles sur son journal.

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Au-delà du plaisir de suivre Schrader s’entêter à adapter le script matriciel qu’il a écrit pour Taxi Driver (1976), en l’adaptant film après film à différentes thématiques (crise climatique, torture, suprémacisme blanc), la grande qualité de Master Gardener est aussi de se distinguer légèrement de la noirceur de The Card Counter, qui comptait la case prison pour seule et unique issue de secours. La structure narrative a beau être exactement la même (avec des flashbacks sur les excès de violence qui hantent le personnage) et le style analogue (avec même certains plans qui reviennent : une balade dans un jardin, une conversation près d’une piscine...), Schrader signe ici – surprise – un film au fond assez optimiste.

Tout en continuant de se confronter à la culpabilité blanche, le cinéaste semble avoir trouvé dans l’horticulture matière à un faux vigilante movie, où la rédemption ne se trouve pas dans la repentance par le sang mais dans la délicate germination d’une graine : celle d’un fragile espoir qui, à la manière d’une fleur, nécessite d’être entretenu pour éclore.

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