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Sylvie Verheyde : « Le monde de la nuit, c’est un espace de fiction où on peut s’inventer »

  • Quentin Grosset
  • 2022-12-14

Dans « Stella est amoureuse », la cinéaste Sylvie Verheyde retrouve l’héroïne de son autofiction « Stella » (2008) au moment des premières sorties et des premières amours. Ce touchant récit initiatique nous immerge avec un bel élan dans la conscience d’une ado des eighties qui brûle de vivre. Entretien.

Pourquoi avoir eu envie de retrouver Stella maintenant ?

Venant d’un milieu très populaire, Stella se rend compte qu’elle évolue différemment de ses parents, qu’elle n’est pas non plus comme les filles du grand lycée parisien où elle étudie. Elle doit trouver sa place, et j’ai l’impression que, ça, c’est très accru et généralisé pour la génération d’ados d’aujourd’hui. Ils ont un peu à réparer le monde, à le réinventer, à redéfinir leurs buts.

Vous diriez que c’est en boîte de nuit que vous vous êtes trouvée ?

Oui. La danse a été ma première ouverture. Le monde de la nuit, c’est un espace de fiction où on peut s’inventer un personnage, montrer quelque chose de soi qu’on n’affiche pas ailleurs. À l’époque, c’était aussi un lieu où se mélangeaient les classes sociales. J’ai voulu qu’on soit dans la tête d’une ado qui découvre ce monde, ne surtout pas avoir un point de vue d’adulte dessus. J’ai aussi voulu mettre en avant le côté positif des boîtes de nuit. Stella n’est pas fascinée par l’interdit : dans le café populaire de ses parents où elle a grandi, elle a déjà vu l’alcool, la drogue.

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Vous filmez Les Bains Douches, l’un des épicentres de la nuit des années 1980, mais sans tomber dans la nostalgie. Vous vouliez donner une impulsion contemporaine à cette représentation de la nuit ?

Oui, je voulais relier ma génération à quelque chose de plus universel, à l’adolescence dans ce qu’elle a d’intemporel. Il y a quelques signes de la période, les costumes, la musique. Mais en termes d’énergie, je n’avais pas envie d’être embarrassée par la reconstitution. Par exemple, avec l’acteur qui joue André, le beau danseur sur lequel fantasme Stella, on n’a pas spécialement fait de recherche chorégraphique marquée eighties. Après, j’ai bénéficié d’un truc super : on a tourné pendant le deuxième confinement. Les gens n’avaient pas dansé depuis un an !

Vous avez tourné dans les lieux réels des Bains Douches. Ça a fait réémerger chez vous des sensations, des souvenirs ?

Complètement. Après, ça a beaucoup changé, c’est devenu très lounge chic. Ils ont mis de la moquette aux murs qu’on a enlevée et le lieu est plus petit qu’il n’était. Mais les acteurs se le sont réapproprié. Comme en plus, en ce moment, il y a un revival des années 1980, ce n’était pas très compliqué pour eux. La seule chose qu’ils n’avaient pas le droit de faire, c’était d’utiliser des mots usuels d’aujourd’hui comme « gros », « frère » …

Vous montrez Les Bains Douches comme un espace très ritualisé. Il faut se looker, bouger de telle manière pour y entrer ou s’y faire remarquer. C’est comme ça que vous l’avez vécu ?

Stella a débarqué en sixième dans un grand lycée parisien sans en avoir les codes. Un peu comme moi donc, qui suis arrivée avec une écharpe de foot aux couleurs du RC Lens, j’étais complètement à côté de la plaque. J’ai passé toute mon collège à essayer de m’intégrer, surtout que mes copines étaient très bonnes en classe. Je me sentais toujours en décalage. Soudain, la boîte de nuit, c’est l’endroit où j’étais plus forte qu’elles. C’est-à-dire que dans le café de mes parents, je dansais déjà. La boîte de nuit comme le café, c’est un théâtre avec des coulisses que je connaissais bien.

Vous avez écrit le film avec votre fils, William Wayolle. Qu’a-t-il apporté de sa propre jeunesse ?

Il a aussi monté le film avec moi. Je pense qu’il a apporté de la légèreté, de l’énergie, sa drôlerie. Le fait qu’on soit mère et fils, ça nous permet d’aller plus vite. C’est aussi son histoire de famille. On parle de moi, de sa grand-mère. Travailler avec mon fils, ça devenait aussi un enjeu : il ne fallait pas que je me rate.

Stella est amoureuse de Sylvie Verheyde, KMBO (1 h 50), sortie le 14 décembre

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