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« Sundown » de Michel Franco : un thriller mystique et cruel

  • David Ezan
  • 2022-07-18

Le sulfureux cinéaste mexicain Michel Franco (Después de Lucía) surprend avec ce film inclassable, tout à la fois thriller politique et errance mystique sur les plages faussement paradisiaques d’Acapulco. Impérial, Tim Roth y trouve l’un des rôles de sa vie.

Michel Franco a encore frappé. Décrié pour ses récits implacables, le Mexicain s’impose comme le nouveau Michael Haneke. Et pour cause : on retrouve chez les deux cinéastes une distanciation objectivante, un certain pessimisme, une propension au sadisme ou encore un sabordage en règle des mœurs bourgeoises. Sur ce dernier point, Sundown ne fait pas exception : on assiste aux vacances farniente d’une richissime famille anglaise dans un hôtel de luxe à Acapulco. Le montage erratique fait s’entremêler des séquences muettes ou presque qui pourraient passer pour inoffensives chez d’autres cinéastes, mais qui prennent ici une tournure obscène.

En quelques traits bien sentis, Franco croque la suffisance de personnages dont le point de vue surplombant rejoue une forme d’arrogance impérialiste. Jusqu’à ce qu’un terrible coup de fil oblige Alice (Charlotte Gainsbourg) à rentrer à Londres avec ses deux ados et son frère, Neil (Tim Roth, déjà dans Chronic du même cinéaste en 2015). Or, celui-ci prétexte un oubli de passeport et prolonge ses vacances en solo…

Franco ne devance jamais son héros, dont les motivations restent obscures. Il l’accompagne (et nous avec) dans son fantasme d’oisiveté éternelle, sublimé par une mise en scène en constante apesanteur. Avec sa dégaine lunaire, Neil n’a pourtant rien du riche homme d’affaires. Tout juste apprend-on que rien ne l’intéresse si ce n’est vivre d’amour et de bière fraîche. Foncièrement mystérieux, le film cultive comme une lecture métaphysique des événements ; en témoigne la récurrence d’un halo solaire éblouissant aux airs d’autorité providentielle ou de vision épiphanique.

C’est que le héros solitaire, à qui Tim Roth confère une présence quasi christique, descend des hauteurs huppées pour le quartier déshérité de la plage publique et fait l’expérience du dénuement. Mais ce chemin de croix surréaliste, Franco le situe au carrefour meurtrier d’Acapulco ; une manière inédite, pour le cinéaste cruel et désespéré qu’il est, d’entremêler ainsi les crimes industriels commis par l’oligarchie aux crimes de sang qui gangrènent ce paradis perdu.

Sundown de Michel Franco, Ad Vitam (1 h 23), sortie le 27 juillet

Image (c) Ad Vitam

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