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« Serre moi fort » de Mathieu Amalric : fragments d'un départ

  • Marilou Duponchel
  • 2021-09-05

Le huitième long métrage réalisé par Mathieu Amalric est un film bouleversant, racontant l'histoire d’une famille et d’un couple formé par un parfait duo d’interprètes, Vicky Krieps et Arieh Worthalter.

Depuis La Chambre bleue en 2014, libre adaptation de l’œuvre de Georges Simenon, c’est comme si Mathieu Amalric avait trouvé dans le fragment la forme idéale pour mettre en scène ses histoires. Barbara (2017), autour de la dame en noire, n’était fait que de ça, d’instantanés de vie, de scènes de répétitions, de coulisses et de longs trajets en voiture. De ce voyage biographique et intime naissait un patchwork fascinant d’images d’hier (des archives) et d’aujourd’hui (les images du film) qui redéfinissait les contours même du biopic, préférant à l’exhaustivité impossible l’évocation d’une vie entière par touches, par morceaux.

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Serre moi fort n’est pas un biopic, mais il attrape lui aussi, du bout des doigts, l’impression d’une vie et de ses contrastes, non pas dans son écoulement naturel comme chez Maurice Pialat, mais plutôt dans sa complexité, sa densité, ses différents étages de narration, l’hyperréalisme de ses courts instants. Adapté de la pièce Je reviens de loin de Claudine Galea, Serre moi fort s’annonce d’abord comme le récit d’une séparation entre Camille (Vicky Krieps) et sa famille (Arieh Worthalter et leurs deux enfants). Au début du film, elle quitte la maison un matin et trace sa route, comme pour échapper au poids des responsabilités se dit-on, à moins que ce ne soit au délitement de son couple.

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Mais plutôt que d’écarteler les membres de cette famille, cette absence brutale semble leur permettre de communiquer par la pensée et de vivre des moments partagés qui semblent pourtant éloignés dans le temps et dans l’espace. Tout reste très énigmatique, flottant, nébuleux, et l’on doute à chaque instant de la nature des images que le film nous tend. Pourtant, comme un jeu de piste éclaté, il sait nous guider dans cette traversée de vie (les années passent, les enfants grandissent), il suit le son des notes d’un piano, les voix qui se répondent pour nous conduire vers un endroit aux frontières indistinctes, vers un songe où cohabitent les vivants et les morts, vers un rêve où, comme dans un jeu de cartes, tout peut recommencer.

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