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« Pacifiction : Tourment sur les Îles » d'Albert Serra : paradis artificiel

  • Marilou Duponchel
  • 2022-11-07

Présenté en compétition officielle à Cannes, « Pacifiction : Tourment sur les Îles » de l’Espagnol Albert Serra nous embarque dans la moiteur d’une île, paradis perdu menacé par des essais nucléaires. Un grand film sur l’époque et pur chef d’œuvre de sensations.

Sur l’île de Tahiti, un homme regarde le monde changer. Cet homme c’est Benoît Magimel, ou ici De Roller, Haut-Commissaire de la République et représentant de l’Etat Français en Polynésie française. Quelque chose de sa réalité se perd ou plutôt se dissout comme des volutes de fumée ou des vapeurs d’alcool quand des rumeurs sur la présence au large d’un sous-marin destiné à la reprise d’essais nucléaires se répandent sur l’île rose.

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L’indice est dans le titre. Pacifiction est de ses films, rares, qui ne fixent jamais rien, qui accueillent et saisissent d’un geste assez miraculeux toutes les microfictions possibles que promet le réel, à condition de savoir le regarder. A tel point, qu’entre les suspicions et les incertitudes de cet homme mondain tout aussi opaque que transparent et dont on ne sait jamais s’il est le mal ou le bien de ce drôle d’Eden hanté que représente l’île, et les nôtres, spectateurs et spectatrices, Pacifiction fabrique une réalité parallèle dans laquelle il nous faut plonger pour mieux se lover dans ce brouillard épais.

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A l’intérieur de ce rêve de fiction ou de ce cauchemar de réalité, quelque chose d’un combat entre la beauté et la laideur, la pureté et la saleté se joue, comme pour dire sans l’assener la dangerosité du pouvoir, la perversion de la corruption qui porte ici le visage des hommes politiques blancs et l’entrave faite à la beauté surnaturelle d’une nature chatoyante. Le flou dans Pacifiction, ce qui donne au film aussi bien son immatérialité que son poids, la persistante dans l’œil de ces images à la beauté folle, s’étend jusque dans le jeu ou plutôt dans l’état d’être des personnages, vieux loups de mer aux gueules patibulaires, colons, habitants·tes ou déesse amie (merveilleuse Shanna Pahoa).

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La caméra d'Albert Serra capture alors cette succession de petits évènements accidentés (encore un miracle) dans une fluidité qui paraît incontrôlée, quasi-documentaire, maîtrise invisible. Refus de tout savoir. Fidèle à ce principe, Pacifiction, comme de précédents films de Serra, après l’agonie et l’orgie, s’offre aussi comme une scrupuleuse expérience du temps en train de se vivre.

Pacifiction. Tourment sur les îles d’Albert Serra, Les Films du Losange (2 h 45), sortie le 9 décembre

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