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Oscars : 5 discours engagés et inoubliables

  • Enora Abry
  • 2024-03-08

Avec plus de 20 millions de téléspectateurs, les Oscars sont chaque année une tribune privilégiée pour faire passer des messages. À l’approche de la 96e édition - qui se tiendra le 10 mars prochain à Los Angeles - la rédac’ vous propose de (re)découvrir les discours qui ont mis un coup de projecteur sur des causes féministes, queer et antiracistes lors des précédentes cérémonies.

#1 Tom Hanks lève le voile sur la lutte contre le Sida (1994) 

On commence par l’un des discours les plus touchants (et nécessaires) de notre sélection. En 1994, Tom Hanks reçoit son premier - et unique - Oscar pour Philadelphia, un film qui a secoué l'Amérique puisqu’il s’agit de la première grande production à parler frontalement de la maladie du Sida. Le film raconte l’histoire d’Andrew Beckett (Tom Hanks), un avocat brillant qui perd son emploi après avoir contracté le VIH. 

A cette époque, le sujet est plus que d’actualité : dans les années 1990, environ 40 000 personnes par an mourraient des suites de la maladie. Et malgré la mobilisation de grands acteurs (comme Elizabeth Taylor qui organisa le premier gala de charité pour cette cause en 1984), l’industrie cinématographique peine à s’emparer du sujet - ce que Tom Hanks souligne dans son discours : 

“Les rues du paradis sont remplies de ces anges. On connaît leurs noms. Ils sont des milliers pour chaque ruban rouge [insigne de la lutte contre le Sida, ndlr] que nous portons ici ce soir. Et ils reposent enfin dans l’étreinte de notre créateur à tous ”, déclare-t-il face à une assemblée émue (en témoignent les bouilles admiratives filmées en gros plan de Liam Neeson et Antonio Banderas). 

# 2 Halle Berry, “Ce soir, la porte s’est ouverte.” (2002)

En remportant l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance dans A l’ombre de la haine de Marc Forster, Halle Berry devient la première femme noire à recevoir ce prix - et vu sa réaction d’intense surprise, elle ne s’y attendait pas du tout. En larmes, elle dédie cet “Oscar à toutes les femmes de couleur qui ont maintenant une chance de réussir. Car ce soir, la porte s’est ouverte. Je suis si honorée que l’Académie m’ait choisie pour être ce porte-parole.” 

Malheureusement, même si la porte s’est ouverte, aucune autre actrice de couleur n’a eu la chance de la franchir. Halle Berry est encore la seule actrice noire détentrice de l’Oscar de la meilleure actrice. Et cela n’est pas prêt de changer puisqu’aucune n’est nommée en 2024. 

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#3 Frances McDormand propose une “clause d’inclusion” (2018)

Il n’y a rien à redire, Frances McDormand a la classe. Quand elle obtient son deuxième Oscar (après celui de la meilleure actrice pour Fargo en 1997 et avant celui de la meilleure actrice pour Nomanland en 2021) pour son rôle dans Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh, elle monte sur scène pour donner un discours engagé et puissant qui restera dans les annales (et elle peut se le permettre, elle a tout de même gagné face à Meryl Streep nommée pour Pentagon Papers). 

“Je suis en train d’hyperventiler donc si jamais je tombe, rattrapez-moi. Car je vous préviens, j’ai quelque chose à dire.” Après cette introduction qui donne le ton, elle demande à toutes les femmes nommées de se lever. “Maintenant, regardez autour de vous mesdames et messieurs. Car nous avons toutes des histoires à raconter et des projets à financer. Ne nous en parlez pas à la soirée ce soir. Invitez-nous plutôt dans votre bureau, dans quelques jours, ou venez dans le nôtre, comme il vous plaira, et on vous dira tout !” 

L’actrice pointe du doigt le manque de diversité de genres dans les productions hollywoodiennes, un fait encore prégnant aujourd’hui puisqu’en 2023, seul 32% des films ont une femme pour personnage principal (selon le Hollywood Diversity Report). À ce manque de représentation s'ajoute le manque de reconnaissance à tous les niveaux de l'industrie et plus particulièrement en ce qui concerne la réalisation. En 2018 (année du discours de Frances McDormand) seule une réalisatrice (Greta Gerwig pour Lady Bird) est nommée pour l’Oscar de la meilleure réalisation - et cette année, en 2023, aucune n’est en lice. 

Pour rappel, seules trois femmes ont obtenu ce prix, la première étant Kathryn Bigelow pour Démineurs en 2010 suivie par Chloé Zhao en 2018 pour Nomadland et Jane Campion 2022 pour The Power Of The Dog.

Mais puisque Frances McDormand n’est pas là pour rester les bras croisés, elle propose une solution :”J’ai encore deux mots à vous dire, mesdames et messieurs : clause d’inclusion [inclusion rider en anglais, ndlr].” Cette “clause d’inclusion” est un concept de la professeure en sciences sociales Stacy Smith, qu’elle a présenté lors d’une conférence TED en 2016. L’idée de cette « clause » est d’instaurer un certain pourcentage de diversité (que ce soit au casting ou dans l’équipe technique) à la demande de l’acteur principal du film. Avec cet outil, l’acteur ne serait donc plus uniquement tributaire du bon vouloir des producteurs mais pourrait aussi devenir moteur de la diversité. Une idée que l’actrice Brie Larson a immédiatement retweeté après le discours (selon Télérama) : « Je m’engage dans la clause d’inclusion. Qui me suit ? ». Bien joué Frances. 

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#4 Joaquin Phoenix, un discours pour la convergence des luttes (2020) 


Récompensé pour son rôle dans Le Joker de Todd Phillips, Joaquin Phoenix a profité de ce coup de projecteur pour mettre en avant toutes les causes qui lui tiennent à cœur et faire un appel à l’unité : “Le plus beau cadeau que le cinéma m’a fait, c’est l’opportunité d’utiliser ma voix pour celles et ceux qui n’en ont pas. [...] J’ai l’impression que parfois on essaye de nous faire croire qu’on se bat pour des causes différentes. Pour moi, je vois une cause commune et partagée. Qu’il s’agisse de l’inégalité de sexes, du racisme, des droits des homosexuels, des droits des autochtones ou des droits des animaux, nous parlons de la lutte contre l’injustice.” 

Il poursuit en mettant l’accent sur les causes animales et écologiques - des engagements que l’acteur défend depuis plusieurs années - en dénonçant l’exploitation des ressources comme les traitements (dont l’insémination artificielle des vaches) réservés aux élevages. Un discours aussi inhabituel (les revendications écologistes sont rarement évoquées pendant les cérémonies) que nécessaire. 

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#5 Ariana DeBose, “Il y a une place pour chacun d’entre nous” (2022) 

Pour son rôle d’Anita dans West Side Story de Steven Spielberg, Ariana DeBose remporte sa première statuette (alors qu’il s’agit de sa première nomination!). Elle devient alors première femme queer d'origine hispanique à remporter ce prix.

Après des remerciements appuyés à l’équipe du film et à sa famille, l’actrice dédie ce trophée à “ toutes celles et ceux dont l’identité a été remise en question, qui ont l’impression ne pas être à leur place.” Une phrase qui marque son engagement LGBT. Elle a d’ailleurs cofondé en 2020 une association, Unruly Hearts Initiative, qui aident les jeunes à entrer en contact avec des organisations défendent la communauté LGBTQIA+. En racontant son histoire de "petite fille arrivée à la ville à l'arrière d'une Ford Focus" jusqu'à la scène des Oscars, elle veut faire de son discours un message d’espoir : “Je vous promet qu’il y a une place pour chacun et chacune d’entre nous ”, conclut-elle. 

Photo : discours de Joaquin Phoenix en 2019

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