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« Nouvelle Donne » : le premier long vertigineux et annonciateur de Joachim Trier ressort en salles

  • Joséphine Leroy
  • 2021-10-20

Sorti en 2006, ce premier film empli de mélancolie, d’énergie et d’ironie entrecroise les ambitions et désillusions de deux amis cherchant à se faire une place dans le monde fermé de la littérature. Parfaite introduction à l’esprit de la trilogie « Oslo » – composée aussi d’« Oslo. 31 août » et du récent « Julie (en 12 chapitres) » –, « Nouvelle Donne » du Norvégien Joachim Trier ressort aux mk2 Beaubourg et Montparnasse le 20 octobre. On vous dit pourquoi il faut absolument le (re)découvrir.

Face à une boîte aux lettres postale, Phillip (Anders Danielsen Lie, fidèle acteur de Trier) et Erik (Espen Klouman Høiner) s’apprêtent à envoyer les manuscrits de leurs premiers romans respectifs. Par de saisissants effets de montage, la scène est jouée, rejouée, détournée, pour souligner l’importance de ce geste simple mais fatidique, qui enclenche une série d’allers-retours entre fantasmes et réalité, Paris et Oslo.

C’est l’une des premières séquences de Nouvelle Donne, premier long audacieux du Norvégien Joachim Trier. En forme de clin d’œil et d’hommage aux expérimentations de la Nouvelle Vague, le cinéaste y redistribue les cartes du destin de ces deux héros, aspirés par leur dévorante ambition. En jouant avec la forme et les temporalités (flash-backs ou visions fantasmées teintés de légèreté viennent percuter un réel plus hard), il nous immerge dans les fictions que se raconte une jeunesse en quête d’exaltation et de reconnaissance.

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Questionnant particulièrement les mythes de la masculinité (le recherche de virilité, compétition, provocation), Trier adopte sur ses personnages un regard tour-à-tour doux et cinglant, parfois les deux en même temps. C’est ce qu’il explore au travers de la bande de potes prétentieux et immatures (un pseudo-philosophe qui se pavane tel un tombeur mais lit des magazines pornos tout seul en douce ; un macho qui se fait piéger à son propre jeu…) qui entoure Phillip et Erik.  

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Vertigineux, ce premier film ouvre une multitude d’échos avec les deux autres volets qui complètent la sublime « trilogie d’Oslo » du cinéaste, entièrement co-écrite avec Eskil Vogt. Les phases dépressives de Phillip, sa manière de défier, façon roulette russe, la mort, évoquent naturellement la mélancolie bleutée d’Anders (incarné par le même Anders Danielsen Lie) dans Oslo.31 août (2011), personnage suicidaire inspiré du héros du Feu follet de Drieu la Rochelle.

Le film ausculte aussi le tiraillement de personnages qui, aux carrefours de leurs vies, ne distinguent plus bien quelle serait la bonne direction à prendre, et s’empêtrent dans un double-mouvement d’attirance-répulsion pour le modèle bourgeois.  Une idée qu’on retrouve autant dans Oslo… que dans le très fin et plus lumineux Julie (en 12 chapitres), dernier épisode de la trilogie actuellement en salles, portrait d’une trentenaire erratique (la révélation Renate Reinsve) prise dans les contradictions de son époque, qui partage avec Nouvelle Donne un même côté survitaminé. Dans toutes les composantes de la trilogie, on s’identifie totalement à ces personnages un peu perdus, hésitants et terriblement touchants.

Image : (c) Malavida

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