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« Bros » de Nicholas Stoller : une romcom gay sans compromis

  • Quentin Grosset
  • 2022-10-14

Nicholas Stoller (Sans Sarah, rien ne va !) réalise une comédie sur mesure pour l’acteur à l’humour acide Billy Eichner (vu dans la série Parks and Recreation), avec l’ambition de tourner la première comédie romantique gay produite par un studio majeur (Universal), et avec 
un casting quasi 100 % LGBTQ+. Pari réussi, parce 
que sans compromis.

Produit par Billy Eichner, Nicholas Stoller et Judd Apatow, Bros ne verse pas dans la culture de l’évitement. L’ambiance est ici au corrosif, ce qui ne l’empêche pas d’assumer par ailleurs un côté cheesy qui fera fondre les plus sentimentaux. Calqué sur un canevas de comédie romantique classique – l’histoire d’amour entre deux personnages opposés –, Bros permet à Billy Eichner de se composer un personnage plein d’autodérision, à la fois geignard et piquant.

Celui de Bobby, podcasteur très érudit et puriste, qui se voit offrir l’opportunité de créer un musée dédié à l’histoire LGBTQ+. En boîte, il rencontre le bel Aaron (Luke MacFarlane), avocat spécialisé en succession taillé en V, fan de hockey et de country. Les deux se plaisent, contre toute attente. Mais Eichner et Stoller vont tâcher de nous faire ressentir à quel point ils doivent passer au-delà des normes et des injonctions pour être réunis. Et c’est là que l’écriture, brillante, ne fait pas de quartier. Bros, contre les diktats straight, donne presque tous les rôles hétéros à des LGBTQ+ (à quelques exceptions, comme Debra Messing, de Will and Grace, véritable icône gay).

Il déconstruit aussi certains discours, comme dans une scène géniale dans laquelle Aaron présente Bobby à sa famille ; celui-ci a bien du mal à faire bonne impression tout en n’explosant pas devant l’homophobie de sa belle-mère, qui pense que les musées LGBTQ+ devraient être interdits aux mineurs. Interrogeant plusieurs débats qui traversent la communauté, Bros n’hésite pas à brocarder le virilisme d’une partie de ses membres interdisant toute expression de sentimentalité et de follitude – au début, Aaron et Bobby s’appellent « bros » en se faisant des checks avec une grosse voix bien virile. Le film invente alors avec talent un espace de radicalité au cœur du mainstream, et il le fait en s’adressant d’abord aux queers – espérant que ça touche aussi, dans un second temps, les hétéros. Pour une fois que c’est dans ce sens-là…

Bros de Nicholas Stoller, Universal Pictures (1 h 56), sortie le 19 octobre

Image (c) 2022 Universal Studios

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