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5 figures d'enfants monstres au cinéma

  • Elie Nebot et Léa André-Sarreau
  • 2022-02-11

On les adore dans la vie, mais au cinéma, les petits ne sont pas toujours annonciateurs du meilleur. Animé d'instincts meurtriers, possédé par des esprits, l’enfant démoniaque est une des figures préférées des réalisateurs. Alors que « The Innocents » et « Ego », deux films qui réinvestissent l'imaginaire de la monstruosité infantile, sont encore en salles, retour sur quelques bambins peu rassurants de l'histoire du cinéma.

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ROSEMARY'S BABY de Roman Polanski (1968)

Voilà sans doute la descendance la plus maudite de l'histoire du cinéma. Dans ce film d'épouvante domestique, la chétive Mia Farrow et John Cassavetes jouent un couple de new-yorkais tout juste débarqués dans un nouvel appartement franchement glauque, appâtés par un loyer modique. Au réveil d'une nuit agitée, Rosemary confie avoir fait un rêve dans lequel le Diable l'agressait, juste avant que son mari lui avoue l'avoir violée dans son sommeil. Peu de temps après, elle tombe enceinte...


Le génie du film consiste à faire ressentir au spectateur l’invisible présence de ce bébé, d'organiser la lente pourriture intérieure de l'héroïne. Le ventre de Mia Farrow, forme palpable sur laquelle s'imprime des maux étranges, vient en permanence diffracter le champ, tandis que l'invasion progressive de son espace mental est rendue visible à l'écran par des déformations visuelles (stupéfiant usage du grand angle). La grossesse de Rosemary est d'autant plus insidieuse qu'elle reste de l’extérieur imperceptible. Jusqu'à cette séquence finale dans laquelle, entourée du cercle sataniste qui est désormais sa famille, l'héroïne découvre son bambin dans un landau noir. D'abord gardé hors-champ, il surgira quelques secondes plus tard, surimprimé en transparence sur le visage horrifié de sa mère. Une façon de graver ce petit démon aux yeux rouges encore plus profondément dans nos mémoires.

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CHROMOSOME 3 de David Cronenberg (1979)

Si vous avez des envies de maternité, ce thriller horrifique vous y fera réfléchir à deux fois. Le roi du trash David Cronenberg met ici en scène Nola Carveth, une jeune mère divorcée, patiente d'une cure controversée qui consiste à extérioriser les troubles mentaux par des excroissances organiques. Le jour où son ex-mari découvre que leur fille Candice a subi des violences corporelles, il entreprend de récupérer sa garde. Se réveille alors une horde de fœtus sanguinolents, tous droit sortis des entrailles de cette mère brimée que sa progéniture cherche à venger...

Ici, David Cronenberg réinvestit les codes du body horror en y greffant un sous-texte psychanalytique très fort. Ces nouveaux nés monstrueux sont l'expression du ressentiment d'une mère qu'on a voulu écarter, mais ils cristallisent aussi des thèmes chers au réalisateur : la somatisation de la violence, l'hérédité des névroses. Résultat : des images organiques à la Alien, qui donnent à ces bambins des allures de tumeurs ou des plaies béantes.

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ERASERHEAD de David Lynch (1977)

Tentons de résumer ce film qui se dérobe sous nos pieds dès que l'on tente d'en cerner l'intrigue. Abandonné par sa compagne, Henry (Jack Nance) doit s'occuper seul du bébé non désiré qu'elle a mis au monde juste avant de disparaître. Comme d'habitude chez Lynch, cette naissance a tout du cauchemar, car le nourrisson est un monstre sans membre, à l'apparence reptilienne, flanqué d'une tête de lapin, doté du pouvoir de s’agrandir et faire disjoncter l’électricité.

Pourtant, avec ses faux airs de E.T et ses cris diaboliques, ce fœtus défiguré est le seul personnage capable de provoquer l'empathie du spectateur. Son apparence repoussante n'a d'égal que son humanité, son innocence rend encore plus cruel le désamour de son père envers lui - et il pourtant la seule lueur d'espoir dans un monde cruel et cynique. Comme souvent chez David Lynch - repensons à Elephant Man -, la laideur marginalise, mais cache un pouvoir précieux : la pureté et l'empathie. Fun fact : l’histoire derrière la création de cet enfant a été gardée secrète, de la sortie du film jusqu’à aujourd’hui. David Lynch refuse d'en évoquer l'origine, et les membres du tournage ont signé une clause de confidentialité leur interdisant d’en parler publiquement.

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LE VILLAGE DES DAMNÉS de Wolf Rilla (1960)

Oubliez les petits hommes verts de Tim Burton dans Mars Attacks! et le Xénomorphe d’Alien, ce classique de la science-fiction nous apprend qu'il faut davantage se méfier des petits blonds aux gueules d’anges. Dans le paisible village de Midwich, des femmes donnent naissance à des enfants dont l'intelligence prématurée et les dons de télépathie laissent présager leur provenance extraterrestre...

Avec ses effets spéciaux épurés et sa mise en scène tout en hors-champ suggestifs, le film instille une terreur progressive, surtout créée par l'apparence de ces petits êtres froids et austères. Ces envahisseurs impassibles, dans leur volonté de domination des adultes, incarnent un ordre totalitaire, le retour à une forme primitive de société, où la loi du plus fort l'emporte. Ici, le véritable pouvoir de ces enfants, c'est de ne rien ressentir : « Sans les émotions, vous seriez aussi puissants que nous », déclare l’un des enfants en hypnotisant un des habitants du village pour le pousser au suicide.

MORSE de Thomas Alfredson (2009)

Un mois après la sortie du premier volet de Twilight sortait sur nos écrans ce petit bijou suédois de Thomas Alfredson. Oskar, un jeune garçon martyrisé par les garçons de sa classe, fait la rencontre de sa nouvelle voisine, qui ne sort que la nuit, et ne semble pas craindre le froid. Alors qu’ils communiquent en morse à travers les cloisons du mur, le spectateur découvre qu’Eli ne grandit plus depuis longtemps…

De cette trame classique, empruntée à la mythologie du vampire, Thomas Alfredson tire une histoire d’amour crue, qui trouve sa singularité dans son attention portée aux visages juvéniles. La monstruosité d’Elie, que le réalisateur n’hésite pas à capturer dans des scènes de meurtres cliniques, est une métaphore de l’éveil à la sensualité, de la découverte violente du désir. A travers ce personnage, à la fois innocent et plein d’érotisme destructeur, c’est la perte de l’enfance, et l’entrée dans cet espace ambigu du plaisir, que le film met en scène.

Images (c) Capricci / Chrysalis Films

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