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« Les Intranquilles » : amour fou

  • David Ezan
  • 2021-09-24

S’il s’est souvent intéressé au couple, le Belge Joachim Lafosse signe avec "Les Intranquilles" son film le plus abouti (en Compétition à Cannes en juillet dernier), dans lequel une famille en vase clos voit son équilibre mis à l’épreuve par la maladie psychiatrique du père.

Damien, Leïla et leur fils, Amine, forment une famille bohème, recluse dans une grande maison côtière qui sert aussi d’atelier au premier, peintre de métier. Il a des airs de Van Gogh, avec ses traits anguleux et sa barbe broussailleuse, mais pas que : comme lui, c’est un artiste instable, en proie à une effervescence qui le détache du réel. Et si son art semble se nourrir de cette instabilité (ses œuvres, très organiques, sont de pures décharges nerveuses), sa famille, elle, est l’éponge de ses états d’âme. C’est la question que pose le film : que peut-on tolérer par amour ? Car Les Intranquilles est avant tout un film d’amour, fou lui aussi, de sa famille pour Damien.

Jamais on n’en doute, au contraire : il est enveloppant, au même titre que la mise en scène touche à une belle amplitude. Pas pressant pour un sou, sûr de ses images, le cinéaste n’hésite pas à les étirer au maximum, pour nous y inviter comme pour laisser entrer la vie dans le cadre. Pas besoin de spectaculaire ; on assiste moins à une descente aux enfers qu’à une lente prise de conscience. C’est d’ailleurs là toute la finesse d’écriture du film, qui ne tombe pas dans le piège de la surenchère dans le scénario. À l’inverse, Joachim Lafosse cherche une vérité émotionnelle que l’on a peu l’habitude de voir sur ce terrain, vidée d’effets choc et autres artifices de mise en scène. Se gardant de malmener, voire de juger ses personnages, il reste à leur hauteur avec une bienveillance particulièrement salutaire ; la bipolarité est ainsi filmée dans sa banalité insidieuse, sans grands coups d’éclat.

Le cinéaste désamorce la violence attendue par une forme d’absurdité, de malaise parfois grinçant où, décontenancés, femme et enfant se mettent à jouer le jeu de la maladie. Jusqu’à en devenir malades eux-mêmes, sans s’en rendre compte. C’est que le glissement opéré par le film est presque invisible, flou, sans contours et, pourtant, il est redoutable dans sa sourde inquiétude. Non pas celle de trouver un remède, mais celle, bien plus angoissante, que soient préservés les liens d’affection entre ces personnages qui nous sont devenus trop intimes…

Les Intranquilles de Joachim Lafosse, Les Films du Losange (1 h 58), sortie le 6 octobre

Image : Copyright Stenola Productions

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