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Leïla Slimani : « J’aimerais tellement vivre dans une comédie musicale »

  • Enora Abry
  • 2023-11-29

Depuis son premier roman “Dans le jardin de l’ogre”, qui explorait l’addiction sexuelle féminine, jusqu'à “Chanson Douce” (Prix Goncourt 2016) adapté au cinéma par Lucie Borleteau en 2019, l'écrivaine franco-marocaine n’a cessé de questionner des tabous qui dérangent avec une plume aiguisée. Dans l'effervescence du 20e Festival du Film de Marrakech, où elle est membre du jury, Leïla Slimani s'est octroyée une petite pause pour répondre à notre questionnaire cinéphile.

Décrivez vous en 3 personnages de fiction. 

Je pourrais être un mélange de Martin Eden, Anna Karénine et Pinocchio. Je ne sais pas pourquoi je m’identifie à eux. Peut-être pour leur passion, leur folie, leur fantaisie mais aussi car ils incarnent l’invention et le mensonge.

3 scènes de film que vous aimeriez vivre ? 

Me retrouver dans la voiture avec Leonardo DiCaprio dans Titanic, ça ne serait pas du tout un problème ! Sinon, j’aimerais tellement vivre dans une comédie musicale, danser avec Gene Kelly dans Chantons sous la pluie ou avec Ryan Gosling dans Lalaland.

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Enfin, je tenterais bien un western. J’adore le moment où Claudia Cardinale sort du train dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Elle découvre toute l’étendue du paysage de cette partie de l’Amérique, c’est assez fascinant.

3 cinéastes marocain-es à découvrir absolument ? 

Sans hésiter : Meryem Benm' Barek (Sofia, 2018), Sofia Alaoui (Animalia, 2023) et Faouzi Bensaïdi (Déserts, 2023). Je me sens très proche d’eux. J’aime leur écriture, car ce sont d'excellents réalisateurs mais aussi scénaristes. Ils ont une capacité à créer des personnages très forts, particulièrement des personnages féminins, ce qui me touche.

Faouzi, je connais son travail depuis longtemps car sa carrière est assez longue comparée aux deux autres. C’est un poète, un grand conteur qui sait manier l’art du burlesque. Et puis, il vient de Meknès comme moi. C’est une ville à laquelle je suis très attachée et qu’il a su magnifiquement bien filmer [Meknès est également au centre du roman de Leïla Slimani, Le pays des autres, 2020, ndlr]

Quant-à Sofia et Meryem, elles incarnent un cinéma marocain moderne, universel, qui ne s’enferme pas dans la volonté d’être trop naturaliste, ce qui peut arriver avec le cinéma du sud. Le résultat de leur travail est vraiment touchant. 

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3 figures d’émancipation féminine au cinéma ? 

Farah dans Une histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid [qui raconte l’histoire d’une jeune tunisienne découvrant l’amour et la sensualité sur les bancs d’une fac parisienne, ndlr]. C’est une figure d’émancipation magnifique. J’ai adoré aussi Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier. C’est une femme qui fait des choix, qui se trompe, mais qui garde une forme d’optimisme et une très grande liberté.

Puis, je pense à l’actrice principale de Much Loved de Nabil Ayouch : Loubna Abidar. Dans le film, c’est une femme aliénée, dominée, qui subit la prostitution et la corruption. Mais en acceptant ce rôle, Loubna est allée à l’encontre des discours oppressifs sur la sexualité et est devenue un symbole d’émancipation pour les artistes mais aussi pour les femmes marocaines [en 2015, l’actrice avait été agressée dans les rues de Casablanca à cause de son rôle de prostituée dans Much Loved, ndlr].

3 livres que vous aimeriez voir adaptés sur grand écran ? 

En général, je n’ai pas envie de voir les livres que j’aime énormément sur grand écran. Quoique, dernièrement j’ai lu un ouvrage formidable qui s’appelle Boulder, écrit par Eva Baltasar. C’est une histoire d’amour entre deux femmes qui commence sur un bâteau de la marine marchande, où l’une d’elles est cheffe. C’était vraiment très beau et dès les premières pages, je pouvais voir les images, ressentir l'atmosphère. 

Ou il y a un livre de la grande écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah [sur une jeune femme nigériane qui doit faire face au racisme après s’être installée aux Etats-Unis, ndlr]. Ça pourrait être très intéressant au cinéma. 

Sinon, je suis impatiente de voir le film tiré du livre de mon ami Olivier Guez, La Disparition de Josef Mengele [qui retrace la fuite du scientifique nazi en Amérique Latine. Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov prépare actuellement une adaptation, ndlr]. C’est un livre formidable qui a une très grande aura cinématographique.

L’acteur ou l’actrice qui vous faisait rêver à 13 ans ? 

J’avais 13 ans en 1994 et j’aimais tous les gens très à la mode à cette époque. J’adorais Harrison Ford, Robert De Niro, Al Pacino, et puis bien évidemment Patrick Swayze !

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Photo © Francesca Mantovani

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