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L’archive de… Alice Rohrwacher

  • Laura Pertuy
  • 2023-12-08

D’une enfance passée dans la campagne ombrienne, dont la trace imprègne notamment “La Chimère”, Alice Rohrwacher garde le souvenir des costumes de carnaval inouïs confectionnés par sa grand-tante. Un moment de transformation au cours duquel s’est forgée, comme pour sa sœur, Alba, l’envie de regarder le monde autrement.

« On a retrouvé cette photo il y a peu, à la disparition de ma grand-tante, tata Rina. Avec le recul, je me rends compte du modèle qu’elle était, alors qu’elle évoluait dans un système très patriarcal. Elle habitait un petit village et était femme au foyer ; sa vie n’a pas été mise en valeur. Or, c’était quelqu’un de très courageux, avec une imagination folle. Elle créait des masques et des costumes de carnaval pour tous ses neveux et nièces.

« La Chimère » d’Alice Rohrwacher : pilleurs de tombes

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Ici, je pose avec ma sœur, Alba [qui est aujourd’hui actrice, notamment dans les films d’Alice Rohrwacher, ndlr], devant la porte de notre maison. La grand-tante nous appelait bien en amont du carnaval pour connaître nos souhaits. C’était tellement loin pour nous que l’on disait ce qui nous passait par la tête : l’homme de paille, le jour et la nuit, les belles dames, l’odalisque, le ramoneur... On lui envoyait les mesures, puis, des mois après, les costumes arrivaient.

Ils étaient très différents de ce que portaient les autres enfants. C’était les années 1980, une époque déjà matérialiste, et la majorité des gens achetaient des costumes tout faits. Je pense que c’est la première à nous avoir montré la liberté d’imaginer être quelqu’un d’autre, de regarder le monde avec d’autres yeux. Je crois que ces moments de notre enfance ont influencé le choix de nos métiers respectifs, car ils ont un lien très profond avec le carnaval.

Et puis, pour faire ces costumes, il faut beaucoup de temps, comme pour préparer un film. La société nous dit que prendre soin de quelque chose, c’est un travail de seconde zone, comme celui des personnes qui nettoient nos rues, nos maisons, qui s’occupent de nous à l’hôpital, comme si ces mêmes personnes avaient abandonné leur créativité. L’imagination de notre grand-tante était comme un volcan ; elle était la preuve vivante que prendre soin des choses est aussi une manière d’exprimer sa créativité. »

La Chimère d’Alice Rohrwacher, Ad Vitam (2 h 10), sortie le 6 décembre

« Alice Rohrwacher, rêver entre les mondes », rétrospective d’Alice Rohrwacher, jusqu’au 1er janvier 2024, au Centre Pompidou.

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