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À voir sur Arte : « Jim Carrey : l’Amérique démasquée »

  • Léa André-Sarreau
  • 2022-03-17

Obscène, schizophrénique, débordant : le langage corporel de Jim Carrey n’a cessé de repousser les tabous d’une Amérique à la fois puritaine et opulente. Une démarche férocement jubilatoire, que ce portrait de l’acteur décortique avec panache.

1994. A Hollywood, la grimace de Jim Carrey trône au sommet du box-office, grâce au succès de The Mask, dans lequel l’acteur impose sa physionomie élastique. Sous ses airs idiots, de quoi ce rictus burlesque est-il le nom ? C’est la question qu’Adrien Dénouette et Thibaut Sève se posent dans ce documentaire ludique et politique, déclaration d’amour à une génie de la pitrerie, esthète de la satire subversive.

La force du film est d’attaquer le rire par son versant sociologique. Jim Carrey n’était pas seulement le clown préféré de l’Amérique, il en était le miroir difforme, honteux. Comme tout bouffon qui distrait les rois pour les maintenir sous son joug, l’acteur a fait rire l’Amérique autant qu’il a ri d’elle, pointant ses vices avec un art du grotesque inné.

Pour cela, il se sert de son corps, devenu un palimpseste capable d’enregistrer les grandes mutations de la société. Il rappelle d’abord les origines du cinéma muet – à Charlot, Carrey emprunte l’attitude du background guy, marginal venu parasiter les bords d’un cadre cinématographique réservé aux Blancs et aux riches.

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Provoquante, outrancière, la pantonymie de Jim Carrey dit non à la bienséance, révèle la pourriture sous l’image soignée. Dans Fous d’Irène des frères Farrelly, son personnage de flic schizophrène, refoulant sa colère au point de se créer un double maléfique, est un écho direct à la personnalité duelle de Bill Clinton, désavoué devant la nation entière par le scandale Lewinsky.

Quant aux années 1990, qui marquent l’apogée du billet vert, du rap MTV et du tuning, Jim Carrey les dézingue dans Ace Ventura (1994), à grands coups de mimiques régressives qui singent le culte du consumérisme. Tout comme il ringardisait déjà, quelques années plus tôt, les clichés discriminatoires et l’héroïsme viriliste à la Clint Eastwood dans In Living Color, émission conçue comme une version américaine du Saturday Night Live qui le fit connaître.

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En assumant un montage non-linéaire, rythmé par des effets de rembobinage qui nous promènent entre différentes prestations de Jim Carrey, le documentaire lui rend tout son souffle cartoonesque. Après avoir épluché les visages de cet acteur-mutant, le mystère persiste : qui est-il ? Car derrière le masque se cache toujours un autre masque, au point que Carrey semble s’être égaré lui-même, à trop écouter les sirènes d’un showbusiness qu’il raille autant qu’il admire. Le documentaire se garde bien d’y répondre, préférant laisser à l’interprète du Truman Show son goût pour les contours troubles de l’identité. 

Jim Carrey : l’Amérique démasquée, d’Adrien Dénouette et Thibaut Sève, sur Arte jusqu’au 8 juin

Image (c) Capture d'écran Arte

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