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« Incroyable mais vrai », « Parasite », « Mon oncle »… 5 habitations bizarres au cinéma

  • Joséphine Leroy et Léa André-Sarreau
  • 2022-06-14

Dans « Incroyable mais vrai », le dernier Quentin Dupieux, un couple découvre, ébahi, une nouvelle réalité, à laquelle il accède par la cave d’un appartement qu’il vient d’acheter. Cet exercice burlesque nous a donné envie de partir en quête d’habitations rendues étrangement vivantes par le cinéma. De Jacques Tati à Bong Joon-ho en passant par Kubrick, on fait le tour (zigzaguant) du propriétaire.

La ferme hantée dans Conjuring de James Wan

À l’été 2013, la petite bombe horrifique Conjuring débarquait en France pour raconter l’histoire d’une famille qui emménage au début des années 1970 dans une maison isolée à Rhode Island. Lorsqu’elle y découvre des phénomènes inquiétants et inexplicables (la mort subite du chien, les crises de somnambulisme de la petite Cindy), elle fait appel aux Warren, un couple de parapsychologues…

Le scénario s’inspire d’un fait divers qui se serait déroulé dans une bâtisse construite en 1736 et baptisée Old Arnote Estate, comme l’a expliqué Collider. Elle a été habitée par Carolyn et Roger Perron et leurs cinq filles. L’une d’elles a rapporté à l’époque que l’agent immobilier n’avait jamais évoqué le fait que la maison avait abrité de sombres affaires de viol, meurtres et suicides, mais leur avait conseillé de ne jamais éteindre les lumières la nuit. En 2019, soit près de cinquante ans plus tard, c’est au tour des Heinzen, les nouveaux propriétaires (réels témoins de faits paranormaux ou très bons commerçants), de rapporter des faits similaires. Sur Tiktok ou YouTube, leur fille Madison multiplie depuis les vidéos immersives. La famille dit-elle vrai ? On n’en mettrait pas notre main à couper · Joséphine Leroy

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La villa moderniste dans Mon oncle de Jacques Tati

Créée spécialement pour le film par l’artiste et scénariste Jacques Lagrange, la villa Arpel est un personnage à part entière du bijou burlesque de Jacques Tati, qui s’y moque gentiment du consumérisme de ses contemporains, en plein pendant les Trente Glorieuses. Toute en courbes géométriques et angles droits (typiques de l’art moderniste qui a fait tabac dans les années 1960), la maison, habitée par un couple de bourgeois hilarants (les Arpel, donc), prend des attributs humains : entre son escalier qui ressemble à une colonne vertébrale, ses hublots qui s’allument et dessinent presque un visage, son garage en forme de bouche engloutissant tout sur son passage, on n’est pas loin de l’univers de Dupieux, qui lui aussi prend un malin plaisir à dérégler et animer les objets du quotidien. A toutes celles et ceux qui voudraient la visiter, on précise toutefois que la villa a été détruite après la fin du tournage, mais que des répliques ont pu être refabriquées à l’occasion d’expositions · J.L

La maison des Parks dans Parasite de Bong Joon-ho

Chez Bong Joon-ho, la lutte des classes est une affaire d’architecture. Dans Parasite (2019), le réalisateur met en scène la méfiance – qui virera au massacre – entre une famille pauvre venue des bas-fonds inondés de la ville, et de riches propriétaires. Pour donner corps à cette fracture politique, le cinéaste a retenu la leçon des grands maîtres du suspens (Hitchcock, Clouzot et Chabrol) : l’espace doit être un terrain de jeu où s’exerce avec cruauté les rapports de domination.

Pour se faire, il a demandé au décorateur Lee Ha Jun de concevoir ex nihilo la maison spartiate de la famille Park, construite de A à Z pour le tournage d’après les croquis de Bong Joon-ho, et présentée dans le film comme l’œuvre de l’architecte fictif Namgoong Hyeonja. Baies vitrées à n’en plus finir - qui symbolisent le privilège de l’accès à la lumière du soleil -, style contemporain et design minimaliste… Le foyer luxueux des Parks est en réalité un écrin pourri de l’intérieur. Tel un ver dans le fruit, la famille Ki-taek s’est installée au sous-sol, grâce à un escalier secret qui donnera l’illusion, très brève, que les dominés peuvent renverser la hiérarchie sociale… Avis aux gameurs de la première heure : il est possible de reconstruire la maison labyrinthique des Parks dans les Sims 4 · Léa André-Sarreau

Parasite (c) The Jokers / Les Bookmakers

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Le bunker dans Panic Room de David Fincher

La « panic room » qui donne son titre au thriller de David Fincher désigne la pièce refuge dans laquelle Jodie Foster et sa fille (Kristen Stewart) se confinent, le soir où des cambrioleurs pénètrent dans leur maison. Tourné quasiment à huis clos, dans une atmosphère claustrophobe et grise, le film use de l’architecture austère pour décrire une société américaine sécuritaire et paranoïaque, prête à se couper du monde pour se protéger.

Pour accentuer cette idée, David Fincher a fait de l’intérieur de cette maison tout en hauteur l’habitacle de plusieurs prouesses techniques. Entièrement prévisualisé en 3D avant le tournage, le film est constitué de deux faux plans-séquence raccordés numériquement, qui permettent de suivre, d’étage en étage, la progression des cambrioleurs, et de donner l’illusion que la caméra traverse le plancher, la serrure, les portes. Résultat : le spectateur, tout comme les personnages, se retrouvent pris au piège d’une ultra-surveillance, permise par la caméra mi-analogique mi-numérique. Une façon de réactualiser, au prisme du numérique, la toute-puissance de l’outil qu’est la caméra, et d’illustrer l’adage orwellien : Big Brother is waching you. · L.A-S

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L’hôtel Overlook dans Shining de Stanley Kubrick

Moquette ringarde en forme de losange, ascenseur rouillé qui abrite des jumelles flippantes, couloirs comme des artères diaboliques : on ne présente plus le célèbre hôtel, qui abrita la folie meurtrière de Jack Torrance (Jack Nicholson) dans le film d’horreur de Stanley Kubrick. Ce que l’on sait moins, c’est que Stephen King, auteur du roman original, s’est inspiré d’un autre hôtel pour imaginer l’Overlook, purement fictif.

En 1974, alors qu’il séjourne au Stanley Hotel, dans le Colorado, l’écrivain aurait fait un cauchemar dans lequel son fils de trois ans était poursuivi par une lance à incendie. Il découvrira plus tard que la chambre 217 qu’il occupait était celle d’une ancienne employée de l’hôtel, blessée par une explosion en 1911. Depuis, il se dit que la chambre est hantée – Jim Carrey s’en serait enfui sans explication en 1993. Gossip : Stephen King ne pardonnera jamais à Kubrick de ne pas avoir tourné au Stanley Hotel, préférant effectuer les prises de vue dans ses studios londoniens. Sans doute était-il un peu froussard. · L.A-S

Shining (c) Warner Bros

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